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Téléphonez, vous êtes localisé

La masse ne doit pas forcément être redoutée. L’intelligence collective est une réalité, et il faut encore développer les outils pour lui permettre de s’exprimer

icone auteur icone calendrier 5 juillet 2007 icone PDF DP 

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On connaissait les parents et les patrons qui suivaient leurs enfants ou leurs employés via leurs téléphones mobiles: l’analyse des traces (à quelle antenne es-t-il connecté?) permet en effet une localisation relativement précise. Une avancée supplémentaire, finalement sociologiquement plus intéressante, a été franchie en Italie par le Massachusetts Institute of Technology avec l’analyse non pas d’un téléphone, mais de la masse des signaux émis. Ce qui permet de décompter précisément les personnes présentes dans un secteur donné. Pour brouiller les pistes, les organisateurs de manifestations devront-ils donner comme mot d’ordre aux participants d’éteindre leurs téléphones mobiles? En association avec d’autres logiciels, il devient possible de suivre en direct les déplacements, les embouteillages, les files d’attente; de savoir à quelle heure combien de personnes effectuent quels trajets avec quels moyens de transport, combien de personnes attendent un bus dans un endroit donné ou se trouvent dans telle zone où risque de se produire une inondation. Cette technique va évidemment intéresser tous les organisateurs de la vie urbaine: police, gestionnaires de la circulation, planificateurs, entreprises de transport, clubs sportifs, organisateurs d’événements, etc.

Comme tous les développements technologiques, ce type de géolocalisation est à la fois utile, fascinant et inquiétant. Il permettra une meilleure organisation de la vie de masse, ce qui est le lot d’une majorité d’habitants de la planète: des fréquences de tram en fonction de la demande effective, un service de sécurité adapté à l’affluence d’une manifestation, des réactions rapides et adaptées en cas de risque, un suivi en temps réel des bouchons sur les autoroutes.

On objectera qu’il y a des risques liés à la protection des données. Ce n’est guère de l’Etat qu’il faut craindre une supersurveillance, car qui aura les moyens d’exploiter une telle somme d’informations pour « ficher » des citoyens? La masse disponible est la meilleure garantie de l’impossibilité d’un traitement individuel, sauf pour une personne recherchée pour un motif précis.

Mais ces informations vont certainement intéresser des méga-entreprises qui rentabilisent le gratuit: la géolocalisation permet d’envoyer des messages à tous les abonnés présents dans un site délimité. Il peut s’agir de conseils utiles, mais aussi de publicité, qui rapidement devient invasive. On sait que Google propose de transformer San Francisco en ville Wi-Fi, l’accès au réseau étant gratuit en échange de publicités adaptées au lieu où l’utilisateur se connecte.

Puisque ce système a été développé à Rome, on peut bien imaginer l’intérêt pour les personnes faisant la queue devant les musées du Vatican de recevoir un SMS les informant qu’au vu du nombre de personnes et de l’heure prochaine de fermeture, elles ne pourront pas entrer. Mais seront-ils ravis de recevoir simultanément une publicité pour le restaurant ou le cinéma voisins? Récemment, les habitants d’une zone inondable à Berne ont été avertis par SMS du risque encouru. Mais seuls les habitants recensés ont pu être atteints. Un système plus développé permettra de repérer des personnes inconnues se situant dans une telle zone, mais également de les prévenir via leur téléphone.

Au vu du nombre d’utilisations possibles, dont une bonne partie relève de l’intérêt public, la vraie question qui se pose est celle de la propriété de l’information traitée. Est-il admissible que ces données appartiennent à des sociétés privées de téléphonie?

La réponse est assurément négative. Ce type d’informations devrait relever du domaine public. Tout comme n’importe qui peut compter les passants dans une rue, évaluer le nombre de personnes présentes dans un stade ou un magasin, faire des sondages pour connaitre les habitudes de consommation de tel groupe de personnes, l’exploitation des banques de données des sociétés de téléphonie doit être à la fois ouverte et réglementée.

Et, autre sujet d’inquiétude, l’inexistence des personnes qui ne sont pas « branchées ». Vous n’émettez pas de signal? Vous n’existez pas…

A lire aussi à ce sujet, un article paru dans Le Monde. Et, pour une présentation plus générale d’une approche au croisement de la psychologie sociale et de l’économie qui fait l’éloge de « la sagesse des foules », le livre The Wisdom of Crowds, par James Surowiecki, dont la traduction française est attendue et se fait attendre.

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