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Pour un Max Havelaar de proximité

En ce jour de cortège, vous accepterez bien un brin de muguet?

Si j’achète un poulet et que j’y mets le prix, on m’assurera, label à l’appui, qu’il fut un poulet gambadant, élevé en semi-liberté. Tant mieux pour lui, tant mieux pour moi. C’est, selon la formule à la mode, gagnant-gagnant. Si j’achète un steak, on m’informera de la provenance du bÅ“uf. «Suivez le bÅ“uf», la formule est déjà entrée en littérature. C’est le 338ème «je me souviens» de Georges Perec, mais mieux vaut en langage contemporain parler de «traçabilité». L’étiquetage me renseigne encore sur la fraîcheur du produit, et à toutes fins utiles sur sa composition chimique.

Ces renseignements, indispensables pour cadrer la grande distribution et la production alimentaire organisée industriellement, ne font qu’analyser une marchandise et sa valeur d’échange. Or une marchandise, c’est du travail humain incorporé. Et l’étiquetage ne renseigne jamais sur les hommes et les femmes qui ont fait cette marchandise tout au long des étapes nombreuses de la division du travail jusqu’à ce que, stade ultime, elle soit présentée aux chalands sur les comptoirs.

Via Pékin

Paradoxe! C’est la mondialisation qui a aidé à faire voir sous la marchandise (teeshirt, chaussures, ballons de foot, tapis) le visage de l’homme, de la femme, de l’enfant au travail. La contraction de l’espace mondialisé nous a rendus contemporains de ceux qui, il y a un siècle et demi, furent protégés en Suisse et en Europe par les premières lois sur le travail. L’éthique s’est entremise entre l’offre et la demande. Le commerce a fait entendre de nouvelles consonances syllabiques: étiqueté équitable.

Mais la diminution de l’espace entre le lieu de production et le lieu de consommation réduit d’autant cette sensibilité. Certes nous n’ignorons pas que les fraises espagnoles sont cultivées et récoltées par une main d’Å“uvre que les propriétaires espagnols exploitent en négriers. Certes les délocalisations, y compris à l’intérieur de l’Union européenne, ont révélé les conditions faites aux travailleurs de l’Est. Mais la prise de conscience éthique ne semble pas passer la frontière. Pas dédouanée.

Les conditions de la branche

Chaque matin des grands magasins suisses sont ravitaillés en marchandises fraîches. A quelles conditions, dans le climat de concurrence exacerbée par l’arrivée des chaînes allemandes, pour les vendeurs, les manutentionnaires, les fournisseurs, les maraîchers? Quel acheteur s’en soucie-t-il? D’une manière plus générale, les secteurs où la main d’Å“uvre est exploitée sont l’objet d’une sous-traitance. Ce sont autant d’écrans qui brouillent la traçabilité humaine des conditions de production.

La première garantie éthique exigible, ce sont les conventions collectives. Cette affirmation n’est pas une banalité. Il faut rappeler que le Parlement, lorsqu’il eut à définir les conditions auxquelles doivent satisfaire, dans différents domaines, des entreprises concessionnaires, a toujours opposé à l’application des conventions collectives la formule vague du respect des conditions de la branche. De même il est révélateur qu’il faille une volonté politique pour que l’Etat, lorsqu’il met en soumission l’achat de biens, l’exécution de services ou de travaux, précise que l’adjudicataire aura à prouver son respect des conventions collectives.

Equitable. La revendication ne s’applique pas qu’au commerce exotique, à l’achat de bananes ou de café. Elle a tout son sens dans des relations de travail nationales qui nous sont occultées. Nous avons besoin d’un esprit Havelaar de proximité.

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