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Vaud : Religion : La main tendue, mais derrière le dos

L’ouverture
aux religions «non officielles» amorcée dans le canton de Vaud est bien
molle. La nouvelle législation ecclésiastique multiplie les cautèles
avant de reconnaître de nouvelles communautés religieuses.

icone auteur icone calendrier 1 décembre 2006 icone PDF DP 

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La Constitution vaudoise de 2003 confirme le statut privilégié des protestants et des catholiques. Les deux Eglises «de droit public» sont financées avec l’argent payé par tous les contribuables vaudois, y compris notamment les 90 000 mécréants et les 25 000 musulmans du canton. Pour faire passer cette attitude conservatrice et non partageuse, la Constitution a prévu de tendre la main à d’autres religions. La communauté israélite est reconnue «d’intérêt public». D’autres communautés pourront demander un statut analogue. Mais pour obtenir ce sceau d’officialité, elles devront respecter la paix confessionnelle, l’ordre juridique, la démocratie et pratiquer la transparence financière.

Protestants, catholiques et israélites ont été étroitement associés à l’élaboration des dispositions d’application du texte constitutionnel. Un group de travail formé des représentants de l’Etat et des trois communautés reconnues a jeté les principes d’une loi pétrie de prudence à l’égard des autres communautés et de rigueur dans les conditions mises à leur reconnaissance. Pour répondre aux exigences de la paix confessionnelle, la communauté religieuse candidate devra respecter la liberté de croyance de ses propres membres. Elle devra s’abstenir de rabaisser ou de dénigrer les membres d’une autre religion et de faire du prosélytisme contraire à l’ordre juridique. La communauté candidate devra s’abstenir de tout discours antidémocratique. Son fonctionnement interne devra être démocratique. Le non-respect de ces principes entraînera un refus d’entrée en matière. La communauté religieuse devra en outre s’engager à respecter ces conditions avant même que l’autorité examine sa requête. D’autres exigences seront moins rigoureuses et leur respect soumis à interprétation. La communauté candidate devrait avoir une activité culturelle sur tout le territoire cantonal, exercer un rôle social, s’engager en faveur de la paix sociale et participer au dialogue œcuménique. Si elle répond à ces conditions, la communauté religieuse «d’intérêt public» aura l’autorisation d’introduire des aumôniers dans les prisons et les hôpitaux. Elle bénéficiera d’exonération fiscale. Le contrôle des habitants lui fournira l’adresse de ses coreligionnaires.

On comprendra que ces privilèges, même s’ils sont modestes, soient soumis à condition. L’Etat ne peut pas soutenir des sectes liberticides ou des intégrismes destructeurs. Mais la rigueur des critères de reconnaissance cadre mal avec la volonté d’ouverture à d’autres communautés religieuses. Au lieu d’attendre la demande polie d’une communauté qui s’engage à être sage, il vaudrait mieux prendre l’initiative d’un dialogue pour comprendre les différences et tenter de les estomper. Car, pour exploiter au maximum son fond de commerce xénophobe, la droite nationaliste pénètre sur le terrain religieux. L’opposition aux mosquées, aux minarets et aux carrés confessionnels dans les cimetières devient argument électoral. Dans cette atmosphère délétère, on pourrait souhaiter des gestes concrets d’ouverture vers les religions minoritaires.

La sévère loi sur la reconnaissance des communautés religieuses a quitté le cercle restreint des milieux religieux pour passer devant le Grand Conseil. Cette laïcisation du projet pourrait créer l’ouverture. Un postulat de la députée Ada Marra a été acceptée. Elle demande la création d’une interface politique avec les communautés religieuses. Quoi de plus normal lorsqu’il s’agit de définir les rapports entre la religion et l’Etat.

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