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La vie de château sur les rives de la Broye

Un livre parcourt bâtisses et
propriétés de l’ancienne capitale administrative du pays de Vaud. Une recherche
passionnée et obstinée qui dévoile un patrimoine
méconnu.

icone auteur icone calendrier 24 novembre 2006 icone PDF DP 

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Pendant seize ans, à mi-temps,
Monique Fontannaz a inventorié les bâtiments et
monuments de la ville de Moudon. Cet inventaire minutieux occupe les
presque 600 pages du cent septième volume de la collection des
Monuments d’art et d’histoire de la Suisse, le sixième
consacré au canton de Vaud, publié par la Société
d’histoire de l’art en Suisse
. Elle a arpenté les rues de
l’ancien Moudon, frappé aux portes pour documenter son
architecture et son mobilier, raconté l’histoire du
savoir-faire et de l’artisanat régional. Après les
chapitres regroupant les édifices publics, fortifications,
ponts, églises ou hôpitaux, les habitations privées
sont passées en revue, rue après rue, numéro par
numéro. Avec patience et persévérance, elle a
parfois dû attendre le troisième propriétaire
d’une maison de campagne, plus accueillant que les précédents,
pour avoir accès à ses trésors.
L’histoire de Moudon remonte loin.
Son nom est d’origine celtique. On trouve des traces d’occupation
datant de la première moitié du iiie siècle :
une stèle dédiée à Jupiter et Junon. Elle
rend hommage à Q. Aelius Annus qui y organisait des joutes
sportives de trois jours. La fondation proprement dite du castrum de
Moudon date de 1127 environ, période où sa situation
lui fait jouer un rôle clé dans les conflits qui
opposent les évêques de Lausanne aux seigneurs voisins
qui tentent de s’en emparer. A partir du xe, Moudon appartient à
la Maison de Savoie qui l’établit comme capitale
administrative du Pays de Vaud et lieu de résidence du
représentant du prince. Plus tard avec la création des
Etats de Vaud, les délégués des villes qui
dépendent de la Maison de Savoie s’y réunissent. Les
autorités de la ville sont chargées de l’organisation
de ces réunions, ce qui stabilise et développe les
structures communales. Trois hôpitaux se partagent
l’hébergement des pauvres et des passants. L’époque
bernoise voit l’essor d’une bourgeoisie aisée. Au xixe siècle,
malgré la création de quelques industries, c’est
encore la profession d’aubergiste qui est la plus répandue.
Ce qui frappe aujourd’hui dans cette
petite ville périphérique, à peine 5 000
habitants, c’est le nombre de «châteaux», riches
demeures de nobles locaux. Là aussi, l’organisation
politique a imposé sa marque. Au milieu du xviie siècle,
les seigneurs des villages voisins, Vulliens, Carrouge, Denezy, etc.,
ont obtenu du gouvernement bernois l’autorisation de centraliser en
ville de Moudon l’administration de leurs droits et y ont construit
des maisons dignes de leur statut : le château de Carrouge, la
maison seigneuriale de Denezy, celle de Forel dite château de
Billens, la maison de Rochefort, la maison de Villardin. Au XVIIIe,
les familles bourgeoises, Tacheron, Trolliet, Frossard ou Burnand,
édifient des maisons privées aux riches façades
sculptées. La famille Tacheron fait venir de Neuchâtel
David Journeau, maçon et architecte, et lui commande plusieurs
reconstructions. C’est également à Moudon que les
autorités bernoises construisent un des trois grands greniers
à blé de l’Etat.
Au début du XIXe, avec
l’installation du gouvernement cantonal à Lausanne, Moudon
perd de son prestige. L’essor de moyens de transport rapide lui
enlève ses revenus tirés du transit des marchandises.
Mais elle est encore connue pour ses nombreuses foires et son
important marché. Les marchands de fer et quincailliers
Braillard s’y sont établis en 1820 et y ont encore leur
enseigne aujourd’hui. La fabrique de chocolat de la rue de la
Planche 4 a par contre disparu.
Ce développement économique
modeste et l’absence de pression immobilière au cours du XXe
siècle ont permis de conserver une grande quantité de
bâtiments anciens et de préserver certains aménagements
intérieurs dont cet ouvrage révèle la richesse.
En plus de rendre vivante la longue histoire de Moudon, il profitera
aux rénovations dites «douces» qui, dans la
perspective d’un développement durable, tentent d’adapter
les constructions anciennes aux exigences d’économie
d’énergie, de réduction des déchets et de
réversibilité des interventions.
Monique Fontannaz a maintenant élargi
le cercle de ses visites : elle documente le district de Moudon et
d’Oron qui compte cinquante-quatre communes.

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