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Chroniques de congressiste

A Vienne, les syndicats fondent leur
faîtière mondiale au nom d’une défense
globalisée des travailleurs. A Berne, l’Union syndicale
suisse s’engage pour le plein emploi, la sécurité
sociale et le service public.

icone auteur icone calendrier 24 novembre 2006 icone PDF DP 

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La halle de congrès de Vienne, à
l’ombre de la grande roue du Prater, n’a aucune peine à
absorber les 1 800 délégués présents pour
fonder la faîtière mondiale unique des syndicats. Tous
les pays sont là, ou presque : ceux dont les syndicats sont
inexistants (par exemple les Etats du Golfe, où se syndiquer
est un crime de lèse-émir) ou à la botte d’une
dictature (la Chine par exemple) n’ont reçu de carton
d’invitation ni pour le congrès fondateur, ni pour la
réception de Sepp Rieder, vice-maire socialiste de Vienne la
rouge, qui semble bien s’accommoder des ors néogothiques de
la grande salle des fêtes du Rathaus.
Tout est réglé comme du
papier à musique : un coup de marteau de la «chairperson»
et 150 millions de travailleurs sont, à l’unanimité,
réunis pour la première fois sous la même
bannière. «Rouges» et «chrétiens»,
anciens frères ennemis, parleront désormais d’une
même voix. Toutefois, quelques-uns persistent à faire
cavalier seul. Ainsi, Travail.Suisse, ancienne Confédération
des syndicats chrétiens, n’est pas membre de la nouvelle
faîtière. Mais à quoi bon, l’Union syndicale
suisse (USS) fait le travail pour tout le monde (et paie les
cotisations) ! Toutefois, l’union n’est pas encore parfaite et
certains doivent jongler. Le siège mexicain au comité
central de la nouvelle organisation restera vacant. Les trois
confédérations syndicales locales n’ont pas pu
s’entendre sur la répartition du poste de délégué,
de premier et de second remplaçant.
A la tribune, les pontes syndicaux se
succèdent et leurs discours semblent avoir été
écrits par la même personne : chacun explique que la
situation dans son pays est difficile pour les salariés et
leurs représentants, mais que l’union fait la force et que
la nouvelle faîtière est la seule réponse
efficace aux entreprises mondialisées, aux délocalisations
ou aux zones franches d’exportation libres de droit de douane et du
travail. Dans les coulisses, on échange ses recettes pour
lutter contre le chômage des jeunes, organiser les travailleurs
précaires ou de l’économie informelle, contrer les
stratégies antisyndicales d’une multinationale du commerce
de détail ou d’un gouvernement d’un pays d’Océanie.
La Suisse n’est pas inconnue : on lui envie les mécanismes
d’extension des conventions collectives, mais on est surpris par la
relative pauvreté de ses syndicats. Les syndicalistes
autrichiens, jadis très puissants (un million et demi de
membres contre moins d’un demi-million en Suisse, pour une
population active de taille à peu près égale),
mais qui crient la misère depuis la quasi-faillite de leur
banque (voir DP n° 1689), se rattrapent en commentant football et
ski. Mais l’on est surtout consterné par le mépris
des organes de l’Organisation internationale du travail
(OIT)qu’affichent les autorités de notre pays. L’OIT,
justement. Grâce à son fonctionnement tripartite, elle
offre une très grande marge de manœuvre aux syndicats. La
nouvelle Confédération Internationale des syndicats y
aura plus de poids et donnera plus de poids à l’organisation
internationale face aux Etats qui, des voyous birmans aux démocrates
helvétiques, n’appliquent pas ses conventions ou prennent de
haut ses organes et leurs décisions.


L’USS au travail

Berne, moins d’une semaine plus tard.
L’USS ne fête plus – la célébration des 125
ans, c’était en 2005 – mais travaille. Il s’agit de
s’armer idéologiquement pour les débats de ces
prochaines années. Les thèses et arguments sur le plein
emploi, la sécurité sociale et le service public sont
solides et les débats efficaces. Plusieurs dizaines de pages
de textes d’orientation sont avalées avec la régularité
d’un métronome. Peu d’amendements, encore moins
d’amendements contestés. Et le seul réel enjeu, le
soutien au référendum contre la 5ème révision
de l’AI, peine à enflammer les discussions. Il faut dire
qu’il ne s’agit pas d’un débat de fond – tous sont
opposés à la révision mais se divisent sur la
nécessité politico-stratégique du référendum
– et certains orateurs, pourtant connus comme bouillants rebelles,
montent à la tribune pour y parler pragmatisme, gestion des
ressources et fixation de priorités. Même l’aile
trotskiste, probablement pas encore remise de sa dernière
scission, se tient coite et se contente de grommeler en fond de
salle.
Fort heureusement, Doris Leuthard
réveille les foules. Son attaque contre le droit de grève
est spontanément huée par un congrès aussi
surpris par son audace que la nouvelle conseillère fédérale
par un public qui ne lui est pour une fois pas acquis. L’OIT n’est
pas absente des débats non plus : avant de retourner à
ses bras de fer, cheminots et CCT des CFF, postiers et «Ymago»,
ouvriers du bâtiment et conflit salarial, personnel de la vente
et Aldi, on exhorte encore une fois la Suisse d’appliquer la
convention de l’OIT protégeant les syndicalistes contre les
licenciements (voir ci-dessous).

jcs


Extrait de la Convention n° 98 de
l’OIT sur le droit d’organisation et de négociation
collective adoptée en 1949

Article premier
1. Les travailleurs doivent bénéficier
d’une protection adéquate contre tous actes de discrimination
tendant à porter atteinte à la liberté syndicale
en matière d’emploi.
2. Une telle protection doit notamment
s’appliquer en ce qui concerne les actes ayant pour but de: a)
subordonner l’emploi d’un travailleur à la condition qu’il ne
s’affilie pas à un syndicat ou cesse de faire partie d’un
syndicat ; b) congédier un travailleur ou lui porter préjudice
par tous autres moyens, en raison de son affiliation syndicale ou de
sa participation à des activités syndicales en dehors
des heures de travail ou, avec le consentement de l’employeur, durant
les heures de travail.

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