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Apprentissage : Une hirondelle ne fait pas le printemps

Malgré
l’embellie enregistrée en faveur des jeunes apprentis, il faut
continuer de soutenir des mesures en faveur de la formation
post-obligatoire, seule garantie d’échapper à long terme au chômage,
voire à l’aide sociale.

icone auteur icone calendrier 10 novembre 2006 icone PDF DP 

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Le récent «baromètre des places d’apprentissage» annonce une embellie :
pour la première fois depuis de nombreuses années, le nombre des
nouvelles places dépasse celui des jeunes qui souhaitent commencer une
formation professionnelle. Le nombre des jeunes en liste d’attente
recule, de même que celui des jeunes sans solution aucune à la fin de
l’école obligatoire. Les places vacantes diminuent aussi. En outre, une
baisse démographique s’annonce : dès 2009, il y aura moins de jeunes en
âge d’entrer en formation professionnelle. La détente sur le marché des
places d’apprentissage devrait donc s’accélérer. C’est en tout cas la
conséquence logique d’une baisse de la demande pour une offre
constante. L’Office fédéral de la formation professionnelle et de la
technologie (OFFT) peut-il désormais plastronner ? Les prévisions
alarmistes des syndicats étaient-elles donc erronées ? Et la foi en la
conjoncture des autorités fédérales et de milieux économiques a-t-elle
suffi à rétablir la situation ? Non, car une lecture un peu plus fine
de la situation sur le marché des places d’apprentissage tempère
sérieusement cet optimisme.

Si l’on ne peut nier l’amélioration, on ne peut en aucun cas parler de
détente. En effet, plus de 22 000 jeunes (16% d’une classe d’âge, avec
des pointes à plus de 20% dans certains cantons) sont condamnés à
patienter dans une «solution transitoire», au coût énorme, plus de 400
millions de francs par an, mais qui ne permettent pas d’acquérir
directement une qualification professionnelle. Enfin, plus de 10% des
jeunes d’une classe d’âge n’obtiennent jamais de titre du secondaire
supérieur. Pourtant, cette formation est décisive : plus des deux tiers
des jeunes dépendants de l’assistance publique n’ont pas de formation
post-obligatoire. Malgré l’embellie évoquée, le marché des places
d’apprentissage souffre toujours d’un déficit structurel : il n’y a pas
assez de places de formation dans de nombreuses régions, notamment les
centres urbains, et métiers, notamment les métiers dont notre économie
dépendra le plus à l’avenir. Corollaire de ces difficultés d’accès, le
désintérêt des jeunes pour la formation professionnelle. Malgré une
augmentation du nombre de jeunes en fin de scolarité, le nombre de ceux
qui souhaitent faire un apprentissage a diminué. Cette marque de
désintérêt doit interpeller les employeurs, notamment ceux qui, par
exemple dans l’horlogerie, redoutent une pénurie de main-d’œuvre
qualifiée.

Mais surtout la baisse démographique qui doit donner le coup de grâce à
la pénurie des places de formation n’est qu’un miroir aux alouettes. En
effet, une telle baisse du nombre de jeunes en âge d’entrer en
formation professionnelle a dans le passé toujours été suivie par une
diminution du nombre de places proposées, même en période de croissance
économique. Il est donc erroné de compter sur la démographie ou la
conjoncture pour régler le problème de l’emploi des jeunes et les
efforts pour les intégrer au marché de l’emploi ne doivent pas cesser
au premier signe d’amélioration.

Doris Leuthard, qui réunit les élites politiques et économiques le 13
novembre à Genève pour une «conférence des places d’apprentissage»,
devra donc à nouveau se pencher sur des mesures pour garantir à tous
une formation post-obligatoire. Parmi les pistes qui s’offrent aux
autorités et aux partenaires sociaux, on compte les fonds pour la
formation professionnelle, qui permettent de soutenir les entreprises
formatrices en répartissant les coûts sur toutes les entreprises qui
profitent des efforts formateurs. Ces modèles fonctionnent avec succès
en Suisse romande (à Fribourg, Genève, Neuchâtel, Valais depuis l’été
2005 et bientôt dans le Jura), mais peinent encore à passer la Sarine,
car l’OFFT et la Conférence des directeurs de l’instruction publique
(CDIP) découragent à tort les cantons de les mettre sur pied.
   

jcs

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