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L’Europe et la paix : Quelle politique pour une Union européenne sans constitution

L’Europe
peine à sortir de l’impasse. Les intérêts particuliers freinent
toujours son action. Un colloque a fait le point de la situation et
suggéré, à défaut d’unanimité, de cordonner de façon durable les
différentes politiques nationales en matière de paix et de sécurité.

En choisissant comme thème de débat «l’Europe et la paix», la Fondation
Jean Monnet
ne proposait-elle pas un sujet facile ? Les orateurs
invités ne pouvaient que constater ce succès inouï : après des siècles
d’affrontements de plus en plus sanglants, l’Europe connaît depuis plus
de cinquante ans la paix, même si l’on n’oublie pas que la guerre dite
froide fut accompagnée à l’est de répressions lourdes (Berlin,
Budapest, Prague), que la décolonisation française fut meurtrière, que
le démembrement de l’ex-Yougoslavie entraîna une guerre ethnique. Mais
le socle européen n’en fut pas ébranlé, nul jeu d’alliances propageant
le feu comme le vent l’incendie.

Etaient invités pour débattre de l’Europe et de la paix, sous la
houlette de Bronislaw Geremek, incarnation de l’humanisme européen,
Jakob Kellenberger qui, à son expérience d’ancien secrétaire d’Etat
suisse aux affaires étrangères, ajoute celle de dirigeant de la
Croix-Rouge internationale qu’il n’évoque pas ouvertement par retenue
de fonction et enfin Alain Richard, socialiste français, ancien
ministre de la défense, vice-président du Parti socialiste européen,
sensible par ce parcours aux exigences nationales, aux rapports de
force et à leur dépassement par une Europe plus étroitement unie.

La fausse perspective de l’addition

L’Union européenne peut-elle être un contributeur de paix ? A-t-elle
les moyens d’une telle politique ? Un chiffre : la totalité des
effectifs militaires mobilisables est de 1,5 million d’hommes. Pourtant
seulement 40 000 sont disponibles pour intervenir dans une mission
extérieure. Le coût d’un soldat européen, mis au service de l’ONU, est
cinq fois supérieur au coût de soldats ghanéens ou indiens.

Au Liban, où sont engagés dans la FINUL quelques milliers de soldats
européens, il a été proposé qu’ils portent un badge marquant leur
appartenance. Vingt-quatre pays européens étaient d’accord, sauf un. Ce
fut suffisant pour que ce veto fît abandonner le projet.

Même inefficacité pour les contributions au développement, l’argent
étant un moyen de pacification. Tous les pays membres additionnés, plus
ce que paie la Commission, font que l’Union européenne est le plus
important des contributeurs au monde. Sauf, souligne Alain Richard, que
les crédits nationaux ne s’additionnent pas ; ils sont au service
exclusif d’une politique nationale.

L’attractivité

L’Union exerce une attractivité incontestable sur ses voisins (à
l’exception des pays de l’AELE, personne ne s’est interrogé sur ces
exceptions !). Cela a permis et permet d’exercer une pression efficace
pour que les pays candidats adoptent des dispositions de respect des
minorités, comme par exemple en Roumanie.

Mais cette influence a ses limites. Celles de la non-extensibilité de
l’Union. L’attractivité est utilisée pour faire évoluer la Turquie.
Mais Alain Richard se prononce pourtant contre l’adhésion de ce pays
qui ne permettrait pas de créer une Union plus étroitement unie.

La sécurité

Une guerre intra-européenne paraît aux nouvelles générations, nées
après 1945, si absurde que l’Union perd, par cette accoutumance à la
paix considérée comme allant de soi, son dynamisme. Elle a passé au
stade gestionnaire.

Bronislaw Geremek, en introduction et conclusion, s’est demandé s’il ne
fallait pas compléter le concept de paix, acquise, par celui de
sécurité. Mais à part une politique coordonnée d’immigration ou les
contrôles centralisés de Schengen, le besoin de sécurité fait appel à
des protections rapprochées. Il est propre à renforcer des courants et
des partis nationalistes. C’est un enjeu difficile et qui mériterait
d’être abordé pleinement pour lui-même.

Les obstacles et les perspectives

L’Europe, au service de la paix, a besoin d’une relance, d’un nouvel
horizon. Or le débat à partir d’exemples concrets faisait ressortir les
obstacles. Soit la règle de l’unanimité ou l’absence de constitution ;
l’indétermination des limites territoriales, et par conséquent
l’absence d’une politique de partenariat avec les pays voisins et non
membres.

En revanche apparaît comme ouvrant de larges perspectives une
coordination serrée des politiques nationales, non pas au coup par
coup, mais instituées. Quand cette question est évoquée, est brandi
l’épouvantail d’une Europe à deux vitesses. Mais il n’y a pas de
risques si la coordination plus serrée ne crée pas d’avantages égoïstes
et si elle reste ouverte à tous les pays qui la désirent. Certes la
Commission et le Parlement crieront au danger de mettre en place des
forces centrifuges, mais devant le blocage de la règle d’unanimité,
pourquoi ne pas utiliser le dynamisme des politiques inter-nationales
européennes ? Ce débat-là mériterait d’être instauré.   

ag

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