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La niche des petits entrepreneurs

Yvette Jaggi succède à Georges Aegler, fondateur de l’Association solidarité et création d’entreprises (ASECE). C’est l’occasion de brosser le portrait d’une initiative hors du commun, tiré d’un entretien avec la nouvelle présidente.

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Il y a le rénovateur de cuisines qui rêve d’ouvrir son propre atelier.
Il y a aussi le restaurateur en quête d’une auberge à reprendre. Ils
sont pour une bonne moitié chômeurs et les femmes manquent à l’appel.
Quelques milliers de francs suffisent à leur bonheur : monter une PME à
la taille de leurs rêves, souvent dans un secteur de niche encore
inexploré. Délaissés par les banques – trop chers en frais de dossier
et peu rentables à court terme – ils trouvent en revanche écoute et
compétence, voire les crédits nécessaires, auprès de l’Association
solidarité et création d’entreprises (ASECE) à Lausanne.

Georges Aegler lance la fondation en 2000, suivant l’exemple de
l’économiste bangladais Yunus Muhammad qui, au milieu des années
septante, invente des prêts de quelques dollars afin d’affranchir
ouvriers et artisans des usuriers qui infestent son pays. Les plans de
désendettement dont l’industriel, aujourd’hui à la retraite, a été le
maître d’œuvre au Centre social protestant à Lausanne ne sont pas
étrangers non plus à l’idée d’un système de financement rigoureux,
équilibré et socialement responsable. Le «sens» des affaires –
l’économie au service des hommes – prime sur les gains à court terme et
la compétitivité sans queue ni tête coûte que coûte.

Le remboursement sans retards

Nantie à sa naissance d’un capital de 100 000 francs, la fondation
dispose maintenant de fonds propres approchant les 700 000 francs,
donateurs anonymes, individuels ou institutionnels. C’est la source
directe des prêts, dont le montant se situe entre 5 000 et 30 000
francs et le taux d’intérêt entre 3,5 et 5% pour une durée de 3 à 4 ans
le plus souvent. Le remboursement se fait par des mensualités adaptées
aux revenus des bénéficiaires. Georges Aegler, entre impératifs
économiques, fermeté paternelle et respect pour les personnes, combat
depuis le début les retards et l’accumulation des impayés. La
circulation incessante de l’argent, dans toute la mesure du possible
sans accros ni ralentissements, travaille pour le bien commun des
créanciers, présents et futurs. Ainsi l’ouverture de nouveaux crédits
dépend, non seulement de la fortune disponible, mais également de la
diligence des débiteurs. Des traites honorées ponctuellement assurent
la redistribution de la richesse et nourrissent le génie des
entreprises. En somme, un pour tous, tous pour un.

Les banques en renfort

Après huit ans aux commandes, Georges Aegler, se met en retrait,
remplacé par Yvette Jaggi, sans pour autant perdre de vue son rejeton.
Au moment du passage des consignes, l’ASECE essaime aux quatre coins de
la Suisse, avec des antennes dans les cantons romands, au Tessin et à
Berne pour les candidats alémaniques. A ce jour, avec 1,4 million de
francs, on a financé 80 projets choisis parmi le millier de
propositions déposées. Si pendant les premières années, tous les
dossiers faisaient l’objet de la même étude détaillée, depuis 2004, une
lecture préliminaire déblaie le terrain avant l’examen proprement dit.
Cependant, la nouvelle présidente espère augmenter le nombre de prêts
attribués par rapport aux requêtes refusées après une analyse
approfondie ; 15 sur 96 pour 296 demandes au total en 2005. C’est
pourquoi il faudrait doubler les fonds à disposition. Yvette Jaggi
table énergiquement sur l’engagement des banques, pour l’heure plutôt
réticentes à étoffer le capital de l’ASECE. Or, le microcrédit ouvre la
voie à des investissements plus importants. A un moment ou à un autre,
les entrepreneurs nouveaux se tourneront vers les grands
établissements. Bref, un don en amont, gage d’une sélection de projets
originaux, aboutira en aval au gain de clients motivés, fiables et
alléchants en attente au guichet.

Une mécanique bien huilée

Pour en arriver là, Georges Aegler a imaginé un dispositif souple,
performant et économe, placé désormais sous la direction d’Andréa
Lehmann, où le volontariat croise les prestations fournies dans le
cadre de l’assurance chômage et du service civil, via des subventions
publiques (du Secrétariat d’Etat à l’économie, notamment) et des prêts
privés sans intérêt. C’est dans ce cadre que le menuisier-cuisiniste ou
le restaurateur féru de nouvelles recettes, snobés par le crédit haut
de gamme, mais retenus par l’ASECE, montent leurs «boîtes» à l’aide
d’experts bénévoles qui les accompagnent tout au long de leurs
démarches. Les conseillers, empruntés volontiers au monde de la finance
et des multinationales, notamment Philip Morris qui incite à
l’engagement social de ses cadres, suivent de près l’évolution des
affaires avant et après leur démarrage, une fois le prêt octroyé dans
les meilleurs délais – plus ou moins six semaines après le dépôt du
dossier. Ils deviennent au fil du temps des véritables partenaires des
sociétés qu’ils connaissent par cœur. Ni pères, ni technocrates, ils
veillent à la réussite des projets tant sur le plan économique que
personnel. Leur expérience pousse les débutants vers l’autonomie. Si
bien que la solidarité du savoir renforce les liens du crédit.

On retrouve alors la responsabilité partagée et l’engagement civique
chers au pionnier sur le départ. Du coup, le profit n’est pas une basse
besogne s’il se pare d’idéal et de dignité. L’instrument peaufiné par
Georges Aegler et l’ambition de l’ASECE tiennent à ce mélange du bas et
du haut : gagner de l’argent sans perdre de vue l’homme et la
société.   

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