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Rapport 2006 sur la population mondiale : Misère et solidarité des femmes

Les
versements faits par les personnes migrantes à destination de leur
famille ou communauté dépassent le montant de toutes les aides
publiques au développement. Et la traite des humains constitue le
troisième plus grand marché illégal de la planète, après la drogue et
les armes.

Dans la constellation des organisations composant le système de l’ONU,
le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), créé en 1969
avec siège à New York et bureaux de liaison européens à Bruxelles,
Copenhague et Genève, ne brille pas des feux les plus vifs.

Dans la masse des rapports et documents produits par les
administrations internationales, qui demeurent fidèles au papier malgré
une belle présence sur Internet, les perles demeurent rares. Beaucoup
de pages, de textes et de diagrammes, peu d’élans, encore moins de
passion, presque un manque de conviction.

Et tout d’un coup, le choc. Provoqué par le 29ème rapport annuel sur
l’Etat de la population mondiale, que l’UNFPA a centré en 2006 sur les
femmes et la migration internationale et intitulé, comme par défi, Vers
l’espoir. Car, pour l’heure, les discriminations et les sévices, la
marginalisation et le mépris forment le quotidien des femmes qui ont
décidé, de gré ou de force, de quitter leur pays pour trouver moins
mauvaise fortune ailleurs.

Les femmes et les filles représentent la moitié des populations
migrantes à travers le monde ; elles sont 95 millions sur un total de
191 millions. La pauvre moitié, faut-il le préciser. Et aussi la plus
discrète, mais pas la moins active. «Un fleuve puissant et silencieux»,
comme dit Thoraya Ahmed Obaid, la directrice exécutive de l’UNFPA, qui
a eu le privilège d’être la première femme à bénéficier, en 1963, d’une
bourse du gouvernement d’Arabie saoudite pour étudier aux Etats-Unis.

Les femmes migrantes travaillent énormément, courageusement, dans
l’invisibilité, la non reconnaissance, la continuelle oscillation entre
précarité et pauvreté. Mais elles parviennent le plus souvent, malgré
la modestie de leurs revenus, en moyenne inférieurs à ceux des hommes
migrants, à envoyer des sommes d’argent qui peuvent tirer de la
pauvreté des familles, voire des communautés entières. Les
rapatriements de salaires, dont un tiers au moins faits par des femmes,
se chiffrent par dizaines de milliards de dollars en Inde, en Chine, au
Mexique, aux Philippines. Une étude faite en 2000 a révélé que les
femmes du Bangladesh travaillant au Moyen-Orient envoient chez elles en
moyenne 72% de leurs gains.

Tout à travers le monde, les femmes s’organisent pour que le fruit de
leurs efforts ne leur soit pas volé et pour que l’argent parvienne
vraiment aux destinataires finaux de leurs versements. Elles ont créé
des banques, telle l’haïtienne Fonkoze, dont la clientèle est à 96%
féminine, ou la bangladeshi Bomsa, fondée par celles qui sont revenues
au pays, qui ne perçoivent ni commissions exorbitantes, ni intérêts
usuraires. Les femmes philippines travaillant aux Pays-Bas procèdent à
des rapatriements collectifs de salaires, alimentant un système de
microcrédits expressément destinés à des femmes pauvres restées au
pays. Et la liste est longue de ces initiatives qui manifestent la
vivacité de la solidarité féminine.

Cette solidarité demeure en revanche impuissante face à la montée de la
traite des êtres humains, des femmes et des filles dans 80% des cas. Un
terrible commerce, mondialisé lui aussi désormais, dont parle le plus
saisissant chapitre, le troisième, du Rapport 2006 de l’UNFPA, où il
est question de «vendre l’espoir» et de «voler les rêves». On y trouve
des chiffres ahurissants sur l’esclavage moderne : plus de 12 millions
de personnes réduites au travail forcé dans le monde entier, dont 56%
de femmes dans la catégorie «exploitation économique» et 98% dans celle
de l’industrie du sexe.

Parmi elles et proches de nous, les jeunes femmes qui émigrent en foule
depuis quelques années, en provenance principalement d’Ukraine, de
Moldavie et aussi de plus en plus des républiques ex-soviétiques des
confins eurasiatiques, à destination de l’Europe occidentale et de
l’Amérique du Nord, via la Turquie notamment. Misérable cortège
organisé par les impitoyables exploitants de filières obligées, dont
témoigne une Roumaine qui a survécu à la traite : «J’avais entendu
parler de femmes achetées et vendues comme une marchandise, mais je ne
croyais pas à ces histoires – et je n’ai jamais imaginé que cela
m’arriverait».   

yj

Vers l’espoir. Les femmes et la migration internationale. Etat de la population mondiale 2006.

Version française (pdf).

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