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Classements : Palmarès académique, universités mondiales

Tout
se classe, tout se tasse. Les universités n’échappent pas à la mode des
classements et autres hit-parades. L’esprit de compétition les gagne à
leur tour, de gré ou de force, comme un effet de leur économicisation
et de leur recours sans cesse croissant aux méthodes, aux fonds et aux
mandats du secteur privé.

La presse gratuite y consacre tout juste 350 signes : le magazine
américain Newsweek a publié «son palmarès qui recense 100
établissements d’enseignement supérieur», parmi lesquels les «hautes
écoles spécialisées de Zurich et de Lausanne (comprenez l’EPFZ et
l’EPFL) sont classées au 21ème et 26ème rang». Version condensée à
l’extrême d’un résumé hâtif et approximatif, manifestement établie sans
retour à la source.

Et pourtant, l’article sur «les universités globales», qui accompagne
le classement, dont les 50 premières positions figurent dans
l’hebdomadaire américain et les suivantes sur son site internet, vaut
vraiment la lecture. D’abord en raison de la personnalité de son
auteur, Richard Levin, président de l’Université de Yale depuis 1993,
économiste, expert reconnu en matière de gestion de l’innovation, de
propriété intellectuelle et de systèmes d’éducation supérieure. Ensuite
parce que cet article sert de digne ouverture à un très intéressant
cahier spécial d’une trentaine de pages sur «le monde du savoir» et son
économie aux Etats-Unis, dans les pays arabes, en Inde, en Chine.

Richard Levin s’intéresse aux universités dites globales, comme Saskia
Sassen
aux villes globales ou feu James Tobin aux taxes globales. Ont
cette dimension planétaire les hautes écoles qui pratiquent non
seulement l’internationalité analysée par l’Office fédéral de la
statistique dans une étude publiée l’an dernier sur le nombre des
étudiants, des gradués et des scientifiques étrangers dans les
universités et HES suisses. Sont également pris en considération divers
critères qui permettent de nuancer l’évaluation, sans toutefois
éliminer totalement le biais commun à la plupart des classements, qui
tendent à favoriser les universités techniques – étant entendu que les
MBA et autres filières de management d’entreprise font l’objet de
hit-parades distincts, particulièrement prisés par les étudiants et
leurs futurs employeurs.

EPF bien notées

Mesurées à l’aune de la réputation internationale, les hautes écoles
suisses se situent relativement bien, en raison de leur caractère
accueillant pour les étudiants étrangers et de l’intérêt des positions
qu’elles offrent aux professeurs et chercheurs venus d’ailleurs,
d’Allemagne et des Etats-Unis notamment. L’une et l’autre lancées dans
la compétition planétaire que se livrent les universités globales, les
deux Ecoles polytechniques fédérales se présentent volontiers comme des
pôles d’excellence, ce que leur position respective dans la plupart des
classements tend à confirmer. Argument de poids à la veille des grands
débats aux Chambres fédérales sur la dotation des crédits de formation,
de recherche et d’investissements, principalement pour le domaine des
EPF.

Sans être toutes larguées, les universités cantonales peinent à se
maintenir au niveau des hautes écoles américaines, en raison bien sûr
du fait qu’elles doivent la majeure partie de leur financement à des
collectivités publiques. Il n’empêche : de même que les «grandes»
villes suisses proposent une offre culturelle relativement plus riche
et diversifiée que les métropoles françaises ou allemandes par exemple,
de même les universités cantonales mènent une vie plutôt confortable,
comparée à celle de leurs homologues européennes. Signe typique de la
bonne situation générale de la Suisse, dont attestent d’autres
classements, établis par la Banque mondiale, l’OCDE ou
l’IMD.   

yj

Le classement publié par Newsweek dans son édition du 21/28 août 2006
(pp. 44-45) et, de manière plus complète sur son site Internet, prend en compte et pondère les trois catégories de
critères suivants :

  • pour 50%, trois des indices retenus dans les classements établis
    par l’Université de Shanghai Jiaotong : nombre de chercheurs
    fréquemment cités, nombre de parutions dans Nature and Science,
    importance des contributions reconnues en sciences humaines et sociales
    (indice ISI) ;
  • pour 40%, quatre des ratios calculés par le Times de Londres,
    relatifs à la proportion des activités internationales et des étudiants
    étrangers, au nombre d’étudiants par faculté ainsi qu’à la fréquence
    des citations selon l’indice ISI ;
  • pour 10%, la richesse des bibliothèques de chaque université et des unités qui la composent.

Parmi les 50 hautes écoles inscrites dans le haut du tableau, on trouve
30 américaines (dont 13 dans les 15 premières, plus les britanniques
Cambridge et Oxford), 5 britanniques, 5 suisses, 3 canadiennes, 2
japonaises, 2 australiennes et l’Université nationale de Singapour.

Les cinq hautes écoles suisses placées sont, comme d’habitude, les deux
Ecoles polytechniques de Zurich (18e rang/21e position) et de Lausanne
(23e/26e) ; suivent les trois plus globales des neuf universités
cantonales : Genève (28e/32e), Bâle (39e/44e), Zurich (41e/46e).

A noter que l’Allemagne ne figure que trois fois (Universités de Munich
et de Heidelberg, Haute école technique de Munich) et la France deux
fois seulement (Ecoles Polytechnique et Normale supérieure).

Pour la petite histoire : Richard Levin, auteur du commentaire pour
Newsweek, est président de l’Université de Yale où il a fait son Ph.D.
en économie (3e au classement), après avoir obtenu le titre de bachelor
en histoire à Stanford (2e) et en philosophie à Oxford (8e).

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