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Santé : Le sexe des maladies est une affaire politique

La
revue Nouvelles questions féministes consacre son dernier numéro aux
questions de santé et montre comment elles sont déterminées par les
rapports entre les sexes.

icone auteur icone calendrier 23 juin 2006 icone PDF DP 

Thématiques

Dans Prévention du cancer du sein : cachez ce politique que je ne
saurais voir
, Marie Ménoret retrouve la dimension politique derrière la
prévention de la maladie. Elle examine l’évolution de la prise en
charge du cancer du sein, maladie de femmes à 98%. Dès la fin du xixe,
la thérapie consiste à «attaquer vite et fort», c’est-à-dire à enlever
autant de tissu potentiellement cancéreux que possible. A la fin des
années quarante, des études épidémiologiques montrent que la
mammectomie ne change pas le pronostic. Une telle chirurgie est
également mise en cause par le mouvement féministe américain et les
militants pour les droits des patients. Les femmes exigent alors des
opérations moins mutilantes et revendiquent la participation au
processus médical. Par la suite, des techniques de dépistage sont
élaborées. Elles demandent de consulter dès que des signes visibles
sont observés: le mot d’ordre se résume à «attaquer vite». Forcément
s’ensuit le dépistage auprès de personnes en bonne santé. Etre femme
devient alors un facteur de risque et la femme un sujet permanent de
surveillance.

A partir des années nonante, la mammographie ne sert plus seulement à
diagnostiquer mais à dépister. Elle se diffuse largement dans les
villes, alors même que sa capacité à réduire la mortalité n’est pas
établie. Des campagnes de l’American Cancer Society aux Etats-Unis et
de la Ligue nationale contre le cancer en France incitent la population
à intérioriser la nécessité du dépistage. Les industries
pharmaceutiques s’impliquent elles aussi dans le processus. Instauré en
1984, le Breast Cancer Awareness Month dédie le mois d’octobre au
cancer du sein. L’initiative est financée par Zeneca, aujourd’hui
AstraZeneca, le plus grand vendeur au monde de médicaments
anticancéreux contre la tumeur du sein. L’entreprise Pfizer, qui
produit certains des médicaments utilisés en oncologie, soutient elle
aussi des associations de patients. En Amérique du Nord et dans
quelques pays européens, Angleterre, Irlande, Suède, une alternative
tente de se mettre en place face au discours préventif exclusivement
adressé aux individus. Elle ne limite pas la prévention au dépistage et
à la consommation de médicaments, mais l’élargit à des problématiques
écologiques. Elle met en lumière les profits engrangés par une
industrie qui produit à la fois des traitements anticancéreux et des
pesticides cancérigènes, et renverse la perspective : «ça n’est pas
plus le fait d’être une femme qui détermine la survenue d’un cancer du
sein qu’un environnement pathogène».

Toutes les femmes

Par ailleurs, les progrès de la mammographie améliorent les images
nécessaires au dépistage, mais exigent des évaluations et des
interprétations de plus en plus sophistiquées, donc de plus en plus de
diagnostics incertains, qui requièrent des examens supplémentaires.
Ceci ne concerne plus seulement les quelques milliers de femmes qui
vont réellement développer un cancer, mais des millions de femmes qui
sont sous surveillance. D’où des enjeux financiers colossaux.

C’est ici que se révèle le politique. A côté du tout technologique qui
ne voit de salut que dans les progrès de la science et d’un discours de
la responsabilité individuelle qui s’attache aux styles de vie des
personnes, on peut envisager une troisième voie, à long terme, qui met
en rapport maladie et société, les situe dans un contexte
environnemental et, parce qu’il n’est jamais bien loin, économique.

Ce dossier santé est complété d’un article sur le développement du
traitement de la ménopause et des controverses au sujet des thérapies
hormonales, ainsi que d’une description de la prise en charge
alternative des femmes souffrant de maladies mentales au Québec. Une
comparaison de quelques ouvrages populaires traitant du couple, tel que
le best-seller Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus de John
Gray, dévoile comment des stéréotypes et une idéologie antiféministes y
sont à l’œuvre. Un entretien avec Rita Nissim, auteure de Mammamélis,
manuel de gynécologie naturopathique et fondatrice du Dispensaire des
femmes à Genève
, clôt l’ensemble.   

ac


Nouvelles questions féministes
, Vol. 25, no 2/2006, Santé ! Editions Antipodes.

Sur les rapports entre Syngenta et Astrazeneca, voir le site de la Déclaration de Berne

Lire aussi les articles de Domaine Public :

Cancer : L’industrie florissante de l’imagerie et des tests de dépistage , Delley Jean-Daniel ( jd ), DP n°1551, du 07 Mars 2003

Economie de la santé : Le marché des tumeurs , Yvette Jaggi (yj), DP n°1693, du 16 Juin 2006

Industrie pharmaceutique : Ces maladies qui nous enrichissent , Jean-Daniel Delley (jd), DP n°1693, du 16 Juin 2006

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