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Consommation : Stratégie molle contre la vie chère

Les
prix suisses sont 25% plus élevés qu’en Europe. Berne en décrit les
causes sans complaisance, mais ne les combat pas vraiment.

icone auteur icone calendrier 16 juin 2006 icone PDF DP 

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Les Suisses sont riches. Et ils le paient chèrement ! Les fabricants et
commerçants étrangers adaptent leurs prix vers le haut pour profiter de
notre pouvoir d’achat élevé. Selon des analyses concordantes, le
surcoût moyen se situe entre 25 et 30%. Globalement, l’économie suisse
paie annuellement ses importations 25 à 30 milliards trop chères. La
dernière livraison de La Vie économique, publication officielle du
Département fédéral de l’économie, dresse un constat sévère sous la
plume de spécialistes du seco, le Secrétariat d’Etat à l’économie, et
du surveillant des prix. Si les différences de prix sont si importantes
entre la Suisse et l’étranger, il y a forcément quelque chose qui
empêche le passage d’un marché à l’autre. La liste des obstacles est
longue et les responsabilités variées. En voici un inventaire non
exhaustif, qui est souvent un simple rappel.

Ne confondons pas le robinet suisse et le robinet européen ! Chez nous
le diamètre de raccord est de 153 millimètres, légèrement plus que les
150 pratiqués dans l’UE. Ces trois millimètres font toute la
différence. Les fabricants suisses se sont créés un marché protégé. Les
installateurs sont d’accord. Leur travail est facilité, leurs marges
assurées. Le promoteur immobilier accepte le surcoût qui est répercuté
sur l’utilisateur final, le plus souvent un locataire. La législation
est souvent complice de cette chaîne de connivences. Les règles sur la
sécurité des produits alimentaires, des installations électriques, la
protection contre l’incendie ne sont pas les mêmes que chez nos
voisins. Elle favorise les opérateurs suisses. Pour éviter un
alignement législatif fastidieux et plein de chausse-trappes, il
suffirait d‘appliquer le principe du Cassis de Dijon. La Suisse
accepterait, de manière autonome, tous les produits admis en vente dans
l’Union. Mais les producteurs indigènes victimes de cette ouverture
sans réciproque se rebiffent. Ils perdraient leur marché sans pouvoir
accéder à celui de l’Union.

Nul n’est besoin d’insister sur le protectionnisme agricole comme
source de vie chère. Mais les experts du seco osent affirmer que la
politique agricole n’explique que partiellement le niveau des prix
pratiqués dans le commerce de détail.

La position dominante des deux grands distributeurs est directement en
cause. Et le pusillanisme de la Commission des cartels à leur égard
lors de l’absorption de Waro, Epa et Globus reste une déception.
L’arrivée des grandes chaînes étrangères suscite de réels espoirs.

Pour répondre à cette concurrence nouvelle, les grands distributeurs
offrent une gamme de produits à bas prix. Ils cherchent aussi à
s’approvisionner à meilleur marché à l’étranger. Coop s’allie à des
groupes pour des achats en commun. Avec l’exemple des chocolats
allemands Kinder, Migros tente d’obtenir des prix plus avantageux en
brandissant la menace des importations parallèles. Mais cette lutte
n’est pas aisée. Le producteur allemand peut alléguer une insuffisance
de marchandise pour mettre au pas un revendeur indiscipliné. En
modifiant la loi sur les cartels, le parlement a cru donner un sérieux
coup de pouce aux importations parallèles. Les ententes verticales sont
illicites depuis maintenant deux ans. Un producteur n’a donc pas le
droit d’imposer aux intermédiaires commerciaux des prix fixes ou des
limitations de territoires. Le système de l’importateur unique excluant
les achats par d’autres filières est donc contraire à la législation
suisse. Mais rien n’a vraiment changé dans le monde très étriqué des
importations parallèles. Les importateurs «officiels» n’ont guère été
attaqués pour l’instant et il n’est pas aisé d’avoir prise sur des
entreprises situées hors de Suisse. Les importations parallèles sont
aussi entravées par la stricte protection des brevets (cf. Politique agricole : Des lobbies aux pouvoirs inégaux , Tille Albert ( at ), DP n°1690, du 26 Mai 2006) à laquelle le Conseil fédéral
ne veut pas toucher.

Dernière décision frileuse, ce mois-ci, dans la lutte contre la vie
chère : l’importation des denrées fourragères. De fortes taxes ont pour
but de protéger les agriculteurs suisses. Mais elles ont un effet
pervers. En conditionnant les produits suisses, les meuniers prennent
une marge de 50% plus élevées qu’à l’étranger. L’Office de
l’agriculture
a proposé de lutter contre ces marges exagérées et
d’abaisser fortement la protection douanière. Les meuniers, la plupart
contrôlés par les organisations agricoles, ont protesté avec succès. Le
Conseil fédéral s’est borné à une réduction symbolique.

Au petit jeu des protections et des privilèges, tout le monde se tient
par la barbichette. Au bout de la chaîne, c’est le consommateur qui
paie… un quart plus cher que les Européens. Mais qui ose aujourd’hui,
dans la Suisse officielle, invoquer les avantages d’une adhésion à
l’Union ?   

at


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