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Patronat : Précarisation au faîte de l’économie suisse

Moins
de six ans après sa naissance, economiesuisse donne déjà des signes de
fatigue. Et peine à supporter ce qu’elle prône par ailleurs comme une
panacée : la concurrence.

icone auteur icone calendrier 2 juin 2006 icone PDF DP 

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Contrairement au monde agricole, longtemps rassemblé au sein de l’Union suisse des paysans,
l’économie industrielle et tertiaire de Suisse n’a pas de tradition
unitaire. Elle a constitué de longue date trois associations faîtières
pour défendre ses intérêts ; les employeurs forment l’Union centrale
des associations patronales (UCAP), les petites entreprises l’Union suisse des arts et métiers
et les plus grandes l’Union suisse du commerce et de l’industrie. Cette
dernière, qu’on appelait le Vorort, est devenue en 2000 la Fédération
des entreprises suisses, plus connue sous le nom d’economiesuisse, après que l’UCAP a refusé la fusion.

Cet échec avait pour cause principale des réticences qui n’ont cessé
depuis lors de s’accroître, à l’intérieur d’economiesuisse elle-même,
vis-à-vis des sociétés multinationales (pharmaceutiques principalement)
et des grandes banques et assurances réputées y donner le ton. Leurs
intérêts inspireraient trop directement le travail de lobby effectué
par economiesuisse dans ses principaux domaines d’intervention :
politique économique (suisse et extérieure), monétaire et fiscale, de
la concurrence, de la formation et de l’énergie notamment. Lobbyisme
par ailleurs perturbé par la question des salaires exorbitants payés
aux patrons des grandes sociétés industrielles et financières en
question (Walter Kielholz et Marcel Ospel figurent parmi les quinze
messieurs du Comité directeur d’economiesuisse).

Du coup, certaines branches affiliées à la Fédération des entreprises
suisses se sentent peu soutenues et plusieurs songent à la quitter.
Deux organisations membres, parmi les plus importantes, ont entamé la
semaine dernière une procédure de divorce que les discussions prévues
auront de la peine à contrer : Swissmem (industries des machines, de la construction électrique et des métaux) et la Société suisse des entrepreneurs.
Elles représentent ensemble 210 000 salariés et plus du quart du budget
d’economiesuisse, estimé à quinze millions de francs. De quoi faire
tourner des bureaux, occupant une bonne soixantaine de personnes,
principalement à Zurich et Genève, mais aussi deux en ville de Berne,
Lugano et Bruxelles.

economiesuisse va devoir réduire la voilure, en termes de personnel,
d’activités, de publications et surtout de financement des campagnes en
vue de votations fédérales. D’autant que reste à digérer le très sévère
et coûteux échec, le 16 mai 2004, d’un paquet fiscal attaqué par les
cantons et soutenu par les patrons. D’autant que se multiplient à
l’interne les désaccords sur les positions à défendre. Selon
l’importance respective du marché intérieur et des exportations pour
leurs activités, les branches et entreprises ont évidemment des
priorités différentes en matière de concurrence ou de libre circulation
des personnes, des marchandises et des services.

En arrière-plan, se profilent les doutes et les divergences politiques.
Traditionnellement proche du parti radical en Suisse alémanique et
libéral de ce côté de la Sarine, la Fédération des entreprises suisses
discute ouvertement la compétence économique des élus de ces deux
formations et craint sans doute de se trouver prise elle aussi dans la
spirale descendante de leur récente union. Pire, l’UDC, une fois de
plus complice objective de la gauche, scie la branche des organisations
économiques où les autres partis bourgeois sont encore perchés. Exemple
le plus frappant : le soutien à Swissmechanic, qui compte déjà 1 300
membres recrutés, à plus bas tarif, dans les mêmes branches que
Swissmem (920 membres).

Ce nouveau patronat, proche de l’UDC, rejette les conventions
collectives dont economiesuisse et l’UCAP se sont toujours montrées
défenderesses. A noter que l’organisation Swissmechanic
se développe dans cette industrie mécanique et métallurgique où la paix
du travail a été signée en 1937 et dont tant d’entreprises illustres
peinent à survivre, la Boillat en tête. Les travailleurs et leurs
syndicats sont avertis.   

yj

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