Mode lecture icon print Imprimer

Centenaire du Simplon : La grève sous la montagne

icone auteur icone calendrier 26 mai 2006 icone PDF DP 

Thématiques



Trente
mille personnes en fête ont roulé à toute allure dans les tunnels
ouverts il y a un siècle entre Brigue et Domodossola. Les touristes
endimanchés ont défié à répétition, pour rire sans peur, la muraille de
granit. Le Simplon ouvrait une voie directe vers l’Italie, le Sud, mais
aussi l’Orient. Un rêve d’adultes qui remplit encore de fierté mineurs
et cheminots, traversé désormais dans l’indifférence des dizaines de
fois par jour.

Malgré la joie de l’anniversaire, la pompe des discours, le fendant et
les saucisses, il ne faut pas oublier que le rêve tourna au cauchemar
pour des centaines d’ouvriers enterrés vivants, asphyxiés ou simplement
emportés par les mauvaises conditions, hygiéniques surtout, des
baraquements. Un petit livre de Frank Garbely, cofondateur de la revue
Rote Annelise, reprend le fil de la vie sur les chantiers, dépoussière
la lutte quotidienne pour la survie et donne la parole aux anonymes,
armés de dynamite et de pioches, qui ont éventré la montagne dans le
noir et l’humidité tropicale (plus de 50 degrés parfois). Il raconte
aussi la rage, l’amertume qui allume la grève réprimée en 1901. On
apprend de vive voix – les documents des morts parlent aux vivants –
comment on a dressé une barricade du côté valaisan, pris d’assaut des
officines à Brigue, reculé face à la riposte des policiers, épaulés par
l’armée appelée en renfort. Les grévistes, apeurés, que les
syndicalistes organisent tant bien que mal, revendiquent moins d’heures
de travail, une augmentation de salaire et l’élection directe de la
commission du personnel. La direction de l’ouvrage fait la sourde
oreille. Pas question de négocier. Au contraire, avec l’appui des
autorités, elle arrête les troublions balancés par les «jaunes». Les
Italiens, il y en a quatre mille d’un bout à l’autre du percement, sont
renvoyés chez eux. Après une semaine, du 24 juin au 3 juillet, le
travail reprend : il manque un ouvrier sur cinq.    

Frank Garbely, Bau des Simplontunnels : Die Streiks, UNIA, 2006.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/9099
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/9099 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.