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Syndicats : La défense des salariés exige une gestion rigoureuse

Syndicat des pilotes de l’ex-Crossair, Swiss pilots
part en vrille. La fraude organisée par deux membres de sa direction
pour falsifier les résultats de la votation sur la nouvelle convention
collective l’a mené au bord du gouffre. Son partenaire conventionnel,
Swiss, s’est jeté sur l’aubaine du discrédit syndical, pour déclarer
«que Swiss pilots n’est plus un partenaire digne de foi» et pour
dénoncer la CCT, le privant de son meilleur argument de recrutement.
Aussitôt, Aeropers,
qui organise les pilotes de l’ex-Swissair, tente maladroitement de
profiter lui aussi de la situation en proposant l’adhésion aux membres
de Swiss pilots. Mais cette tentative d’OPA ne devrait pas être
couronnée de succès, car Aeropers a assuré ne pas entrer en matière sur
l’une des revendications principales de Swiss pilots et bâton de
discorde des deux syndicats : l’égalité des salaires entre anciens
pilotes Swissair et Crossair.

La fraude à Swiss pilots et ses conséquences ne sont pas un cas isolé.
Unia vient de faire face à trois scandales financiers : détournements
de fonds par des employés de l’ex-FTMH jurassienne, ouverture du
procès, pour des motifs similaires, de deux ex-cadres du SIB
neuchâtelois et faillite, avec 27 licenciements à la clef, de la
coopérative de construction bernoise HTG, dont les parts étaient
majoritairement en main syndicale. Et les syndicats helvétiques ne sont
pas seuls dans leurs déboires. La puissante faîtière des syndicats
autrichiens, l’ÖGB, qui compte trois fois plus de membres que l’USS,
affronte les graves difficultés de sa banque : l’immense trou
financier, dû à des placements hasardeux aux Bahamas, est devenu une
affaire d’Etat.

Ces affaires ont des effets désastreux pour l’image des syndicats (la
confiance de milliers de petits épargnants autrichiens en l’ÖGB est
réduite à néant), au demeurant plutôt bonne (en Suisse, les syndicats
sont, après le Tribunal fédéral et les forces de l’ordre, l’institution
en laquelle la population a le plus confiance). Elles sont surtout du
pain béni pour les patrons, qui durcissent de plus en plus le ton.
Swiss pilots, petit syndicat d’une branche où de nombreuses
associations du personnel se font concurrence et où l’employeur unique
peut faire comme bon lui semble, paie comptant ses problèmes en perdant
sa seule CCT. Unia, plus grande et présente dans de nombreuses branches
et faisant face à un patronat plus divisé, résiste mieux, mais est
attaquée de toute part. Plusieurs dirigeants d’associations patronales
ou de grandes entreprises de divers secteurs (bâtiment, industrie des
machines, commerce de détail) menacent de rompre les négociations ou de
mettre un terme au partenariat conventionnel avec Unia, jugée elle
aussi «plus fiable du tout».

Pour les syndicats, une seule réponse : une gestion professionnelle, un
contrôle serré et une découverte précoce des «cadavres dans les
placards». Le regroupement des syndicats en grandes entités (Unia
affiche par exemple plusieurs centaines de millions à son bilan et
emploie quelque mille salariés), que l’on ne peut décemment plus gérer
«entre amis», va renforcer ce besoin de surveillance rigoureuse. Une
crédibilité sans taches dans la gestion des cotisations de leurs
membres leur permettra d’améliorer le taux d’organisation et ainsi de
mieux résister aux tentatives patronales de vider le partenariat
conventionnel de sa substance.    

jcs

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