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Librairies : Cher livre

La
revue Feuxcroisés publie un dossier fouillé sur la librairie en Suisse.
Elle y retrace son histoire et décrit les enjeux qui traversent le
commerce du livre dans les trois régions linguistiques. Un entretien
avec deux acteurs de ce marché clôt l’ensemble.

icone auteur icone calendrier 5 mai 2006 icone PDF DP 

Thématiques

La librairie n’est pas née avec le livre. Le métier de libraire ne se
dissocie de celui de l’éditeur et du copiste qu’avec l’invention de
l’imprimerie. Le chapitre «Regards d’historiens» du dossier de
Feuxcroisés montre qu’en Suisse, le commerce du livre se structure dès
le xviiie siècle dans les centres urbains que sont Zurich, Genève, ou
Bellinzone, chaque fois en relation avec le pays frontalier. En Suisse
alémanique, les libraires, réunis dans le «Schweizer Buchhändler
Verein» (SBV, association suisse des libraires alémaniques) fondé en
1849, sont membres de l’association faîtière des libraires allemands,
dont font également partie les libraires autrichiens. Au Tessin,
l’activité des librairies dépend de la situation de la presse
italienne. Jusqu’en 1848, les imprimeurs imprimaient les livres
censurés en Italie. Puis, lorsque le régime de la presse est réformé,
ils ne sont pas capables de concurrencer les éditeurs italiens et se
replient sur la demande locale. Ils commencent également à recourir à
l’importation. En Suisse romande, Genève est un pôle majeur dès le xvie
siècle. Avec la Réforme, elle entretient des contacts privilégiés avec
des pays protestants, puis au xviiie se spécialise dans la publication
et la diffusion d’ouvrages censurés en France. A partir de la
Révolution française et au xixe la situation s’inverse et le commerce
du livre se replie sur la région. Les libraires et éditeurs se
réunissent au sein de la Société des libraires et éditeurs de Suisse
romande en 1866 pour tenter de s’imposer face à Paris. Dès les années
cinquante, l’importance des diffuseurs et distributeurs ne fait que
croître, à mesure de l’expansion du groupe français Hachette.

Frontière économique et culturelle

L’interdépendance des régions par-dessus les frontières subsiste
aujourd’hui : 80% des livres vendus en Suisse sont importés. La
frontière est un enjeu crucial pour le livre. Du point de vue culturel,
elle enrichit les échanges mais la prédominance de l’autre menace la
production locale. La Suisse romande absorbe à elle seule entre 3 et 4%
de l’édition française. Par ailleurs, du point de vue commercial, le
prix des livres s’envole lorsqu’il entre en Suisse : il est majoré de
16% du côté alémanique, entre 20 et 40% du côté romand. Si les
libraires alémaniques s’entendent sur des prix fixes, garantis par le
«Sammelrevers», un accord entre associations professionnelles de chaque
côté de la frontière, les libraires romands y ont renoncé en 1991 et
dépendent des prix établis par les diffuseurs et distributeurs. Le
«Sammelrevers», mis en cause par Monsieur Prix en tant qu’entente
cartellaire, a permis de mieux contenir les prix alémaniques que les
prix romands. Par contre, il ne protège que dans une moindre mesure les
petits commerces de disparaître au profit des plus gros : en Suisse
alémanique, vingt-cinq points de vente ont fermé dans les dernières
années, trois entreprises se partagent 35% du marché.

En Suisse romande, ce phénomène de concentration s’est accéléré puisque
quarante et un magasins ont fermé, depuis l’arrivée de la Fnac en 2000.
Payot mange un quart du gâteau pour en laisser 15% à la Fnac. La
concentration est également active parmi les distributeurs. Les deux
plus importants, Diffulivre et OLF, appartiennent tous deux à Hachette
Livre, éditeur français qui dépend du groupe Lagardère et qui détient
par ailleurs 65% du capital de Payot.

Si la concurrence est rude entre librairies, qu’en est-il entre
diffuseurs-distributeurs ? Chacun détient des droits exclusifs pour la
distribution et la diffusion de ses éditeurs. Impossible donc pour un
libraire de faire jouer le marché et comparer les prix.

Les enjeux culturels

Le livre n’est pas seulement un objet commercial et la librairie n’est
pas une simple surface de vente. Le livre véhicule du savoir, une
culture, une identité. Dans un pays aussi dépendant de ses voisins que
la Suisse, l’identité culturelle et la diversité deviennent des valeurs
à protéger, sans tomber dans le protectionnisme, comme le souligne
Sylviane Friederich, libraire indépendante à Morges. Selon Françoise
Berclaz-Zermatten, de la librairie La Liseuse à Sion, «la diminution
des points de vente affecte la diversité des titres proposés. Le petit
libraire ne peut plus compter sur des ventes faciles qui permettent de
s’intéresser à des livres jugés plus difficiles, aux ventes trop
aléatoires.» Sans parler de la production pléthorique de nouveaux
ouvrages qui impose une rotation très rapide de l’assortiment.

Arbitrage

Si l’on veut dépasser les enjeux commerciaux liés à la vente du livre,
le pouvoir politique devrait tenir le rôle d’arbitre et lui garantir
ainsi son statut d’objet culturel. Or, dans les deux procédures en
cours, la situation est bloquée. L’association des libraires de Suisse
alémanique a annoncé une baisse de 4% en deux étapes dès le 1er juillet
2006, mais refusé le modèle de prix minimum proposé par Monsieur Prix.
Ce modèle, à mi-chemin entre le prix fixe et la libéralisation, aurait
imposé un prix minimum qui respecte les taux de change, mais les
libraires auraient pu l’augmenter en fonction de leurs coûts
d’exploitation. Par ailleurs, le groupe de travail chargé d’examiner
une initiative parlementaire qui demandait d’établir une réglementation
spécifique au livre a décidé de ne pas proposer de loi. Si le politique
ne décide rien, le marché décidera pour lui.   

ac


Feuxcroisés
no 8, revue du Service de presse suisse, Editions d’en bas, 2006.


La librairie BASTA
!,  les éditions d’en bas et attac vaud
organisent un débat entre Yvette Jaggi et Jean Richard, responsable des
éditions d’en bas, sur le thème de la marchandisation de la culture :
Le livre, bel exemple.

Mardi 9 mai à 20 heures au Buffet de la gare de Lausanne.

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