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RUAG : Les armes de la reconversion

L’industrie
d’armement suisse transformée depuis une dizaine d’années en un groupe
de défense et de technologies pourrait quitter le giron de la
Confédération et achever sa mue.

icone auteur icone calendrier 28 avril 2006 icone PDF DP 

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L’an passé, pluie et vent ont entravé la croissance triomphale de RUAG,
héritière des entreprises d’armement de la Confédération, toujours
seule propriétaire de la nouvelle société constituée en 1999. Le site
d’Altdorf a été mis en pièces par un déluge d’eau et de boue (150
millions de dommages, dont 35 hors assurance), alors que l’on
restructurait les usines de Thoune pour sept millions supplémentaires.
RUAG essuie ainsi le premier déficit de sa courte existence: 19
millions de francs. Cependant, sans ces charges extraordinaires, le
résultat des opérations en 2005 aurait devancé celui de 2004 (huit
millions de plus).

L’année des libéralisations

Avant la fin du XXe siècle, la Confédération dépoussière ses régies. En
1998, elle sépare poste et télécommunications, créant deux sociétés
autonomes actives sur un marché déverrouillé. Un an plus tard, elle
libéralise les chemins de fer et transforme en SA ses manufactures
militaires. Si Swisscom ouvre son capital et entre en bourse, RUAG
appartient toujours intégralement à la Confédération, au même titre que
les CFF et La Poste, qui conservent un statut de droit public, dont la
mission est réglée par la loi. SA de droit privé, RUAG a, en revanche,
les mains plus libres. Trop, selon la gauche et les antimilitaristes,
qui lui reprochent ses exportations dans des pays en guerre. Au fil du
temps, elle s’organise en holding, multinationale de surcroît. Le
groupe chapeaute quatre secteurs – aéronautique, électronique, défense
et munitions – avec leur corollaire de filiales et participations en
Suisse et à l’étranger, principalement en l’Allemagne, même si l’on
dénombre également des ramifications en Suède, en Autriche, en
Angleterre en France et aux Etats-Unis. L’ensemble dégage un chiffre
d’affaires de 1,193 milliard, réalisé en majorité à l’étranger (53%), et
occupe 5640 personne dans le monde, dont 3800 entre Alpes et Jura. Il
fournit toujours abondamment le Département fédéral de la défense.
Cependant d’autres clients prennent désormais le relais et lui assurent
60% des ventes, surtout au sein de l’Union européenne où les nouveaux
venus comptent investir 2% du PIB dans les budgets consacrés à la
défense (la Suisse ne dépasse pas 1%). Les armes restent son point
fort, mais la production civile gagne en volume (de 7 à 40% en six
ans), notamment dans le secteur de l’aviation, via une collaboration de
longue date avec Airbus.

Petites et grandes munitions

Avant la guerre du Sonderbund, chaque canton fabriquait ses fusils et
ses canons. Ensuite, la Confédération centralise la production. Pour ce
faire, elle rachète les poudrières cantonales et, en 1863, malgré
quelques tergiversations et grâce à l’impulsion du chef du Département
militaire, Jakob Stämpfli, ouvre à Thoune la première fabrique fédérale
de munitions. Rapidement l’affaire se développe. D’autres usines
prennent leurs quartiers à Berne en 1871, à Altdorf (Uri) en 1896 et à
Wimmis (Berne) à partir de 1919. Les ateliers de Thoune modernisent les
munitions. Et surtout, ils unifient l’arsenal disparate accumulé aux
quatre coins du pays. L’usine, au gré des conflits et des commandes,
aligne pièces d’artillerie, fourgons, wagons, cuisines roulantes et
même des avions, originaux ou sous licence. On invente aussi les
cartouches du futur, notamment, en 1890, les «semi-sans fumée de
calibre 7.5×53.5, douille acier plaquée de métaux nobles à gorce
comportant au culot un fraisage circulaire à capsule d’allumage bombée
et insérée, projectile de plomb encapuchonné d’un fil de cuivre»
(description de G. A. Ducret et J-P. Hurlimann des Abbayes du cercle de
Corsier-sur-Vevey). Toujours à Thoune, à partir de 1950, défilent les
plus beaux chars d’assaut suisses, avec le concours de l’industrie
privée, et même étrangers, à l’image de l’Allemand Leopard 2. Un peu
plus au nord, le site d’Altdorf se spécialise dans les moyens et gros
calibres pour le bonheur de l’économie régionale dont il est l’un des
plus gros employeurs. A Wimmis on fabrique poudres et explosif, tandis
que Berne assemble revolvers et mitrailleuses.

Vers la globalisation

Les années nonante changent le visage de l’armée. Des réformes
successives en réduisent les effectifs et en redessinent la mission.
Les fabriques fédérales d’armement partent à la chasse de nouveaux
clients, abandonnent des secteurs en crise – les munitions de gros
calibres – développent des produits inédits comme le réseau global de
conduite des opérations (le C4ISTAR), se spécialisent dans la
réaffectation du matériel usagé – tel le char poseur de pont pour
l’armée finlandaise – et sous-traitent les plus grandes marques de
projectiles au monde: RWS, Norma, Hiterberger, entre autres. En prime,
ils découvrent la concurrence et se métamorphosent en société anonyme:
RUAG. Maintenant, dans la foulée de la vente annoncée de Swisscom, le
groupe lorgne vers les marchés boursiers et rêve d’une ouverture de son
capital (340 millions de francs). En attendant, car rien ne presse
alors que l’on s’y prépare, 25 millions de balles, made in Switzerland,
visent leurs cibles, hommes ou animaux, dans le monde entier.

Notes en marge de l’article

Face au refus de visiter l’un des sites de la société, celui de Thoune
par exemple, j’ai exploité largement le rapport annuel 2005. Otage
d’une seule source, j’ai exploré le web. On y trouve les communiqués de
RUAG, un certain nombre d’articles de presse sur l’exporation, licite
ou illicite d’armes, ainsi que quelques entrées du Dictionnaire historique de la Suisse. Finalement, j’ai pu compter sur la relecture du Conseiller aux Etats socialistes Michel Béguelin, expert en la matière.

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