Le marché de l’automobile en Suisse vit un curieux paradoxe. Pour
diminuer les pollutions et réduire la consommation d’essence, il ne
faut pas que la population achète moins d’automobiles, mais elle doit
en acheter davantage, et surtout neuves !
Le parc de véhicules est de plus en plus âgé. Plus d’un million, soit
entre 25 et 30% des automobiles en circulation, a aujourd’hui plus de
dix ans. Ces chiffres ont doublé depuis 1995 ans, et 2005 a été l’année
des plus faibles ventes de voitures neuves depuis… 1980 ! Selon les
statistiques d’Auto-Suisse,
association faîtière des importateurs, 38% des véhicules répondent
uniquement à la norme de consommation et d’émissions polluantes Euro1
datant de 1987 et complètement dépassée aujourd’hui. Les voitures
correspondant aux normes Euro 2 (1996) et Euro 3 (2001) représentent
42% du lot. Il n’y a donc pour l’instant qu’un petit nombre de
véhicules, guère plus de 20%, qui répondent à la norme Euro 4, la plus
récente et la plus sévère en la matière.
Naturellement l’intérêt des importateurs est de pousser le consommateur
à l’achat de voitures neuves. Mais il faut bien reconnaître que cet
intérêt, s’il ne se reporte pas sur de gros et inutiles 4×4, correspond
aussi à l’intérêt général de réduction de la consommation d’essence et
de diminution des émissions polluantes avec une nuance de taille : les
véhicules vendus sont de plus en plus gros et donc utilisent autant de
carburant que des voitures plus petites datant de dix ou quinze ans…
Ces paradoxes devraient conduire à des réflexions nouvelles autour des
taxes automobiles qui connaissent des disparités considérables d’un
canton à l’autre. Les voitures d’occasion ne devraient-elles pas faire
l’objet d’une taxation spécifique en fonction de leur compatibilité
avec les normes en vigueur ? La taxe fédérale sur le CO2 s’appliquera
aux carburants, mais il ne serait pas absurde pour les cantons
d’imaginer une taxe sur les véhicules d’occasion polluants, quitte à
imaginer son utilisation pour le financement d’exonérations à l’achat
de véhicules hybrides ou respectant des normes particulièrement
sévères. Ce n’est qu’une piste de réflexion. Il ne s’agit pas non plus
de pénaliser les personnes qui n’ont pas les moyens d’acquérir des
véhicules neufs. Mais la pesée d’intérêts divergents est après tout au
cœur de l’action politique.
Pollution atmosphérique sur le site de l’Union européenne.
Réaction
Réparer et recycler – Philippe Biéler – 20 avril 2006
Je lis toujours avec intérêt DP, me réjouissant de votre capacité d’analyse indépendante et stimulante.
Mais j’ai eu, je dois le dire, de la peine avec le récent article « Voitures: neuves et propres » !
Les automobiles neuves polluent moins que les anciennes, soit, et tant
mieux ! Mais de là à en conclure que l’intérêt général nous commande de
« changer souvent de véhicule » plutôt que « de rouler trop longtemps avec
le même », c’est complètement oublier:
- qu’une voiture correspondant à des normes dépassées que vous
échangez contre une neuve ne va pas s’arrêter de rouler: le plus
vraisemblablement, elle ira polluer ailleurs, dans un pays moins
développé ! - que toute automobile nouvelle et supplémentaire suppose une énergie grise considérable pour sa production;
- que toute automobile nouvelle et supplémentaire constitue une
somme non négligeable de déchets futurs à recycler, au mieux, ou à
éliminer, au pire; mieux vaudrait les éviter !
Ainsi, votre thèse est tout à fait dans l’air « kleenex » du temps, où
l’on préfère, pour tous nos gadgets de consommation, jeter et changer
de modèle plutôt que réparer, recycler ou tout bêtement garder !
De plus, que « pour diminuer les pollutions et réduire la consommation
d’essence », il faille acheter des voitures neuves, encore une fois, je
ne partage pas cette idée, mais je l’ai comprise dans la logique de
votre article. Par contre, qu’il faille « en acheter davantage », alors
là, je n’y ai plus rien compris ! D’ailleurs, rien dans votre article
ne motive cette affirmation.
N’oublions pas l’un des principaux problèmes de la circulation
automobile: dans notre pays déjà restreint, l’espace (surtout public)
occupé par les véhicules est considérable; le plus souvent, il est
interdit aux autres utilisateurs. Le coût de cet espace monopolisé
(routes, parkings, ouvrages d’art de plus en plus sophistiqués) est
astronomique. En Suisse, on dénombre en moyenne 7 places de parc
(publiques et privées) par véhicule, au sol en général imperméabilisé,
improductif et mort …


Cliquer pour recommander cet article



Coline Serreau: «Solutions locales pour un désordre global» (YouTube)
Une élue suisse met son cancer en ligne (Europe 1)
«Die EU ist unglaublich undemokratisch» (Die Weltwoche)
Bertrand Piccard & André Borschberg (Pardonnez-moi)
Volksschule am Anschlag (Arena)
Kommando Libyen (Arena)