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Festival international de films de Fribourg : Les jeunes, les vieux et l’islam

Année
après année, la manifestation fribourgeoise part à la découverte du
cinéma des autres mondes, sans oublier de tisser des liens avec le
nôtre.

icone auteur icone calendrier 24 mars 2006 icone PDF DP 

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Pour la 20e édition du Festival international de films de Fribourg
(fiff), tout le monde avait mis les petits plats dans les grands : les
rues étaient décorées de chaises peintes en rouge arborant les noms des
films projetés ; les professionnels étaient conviés quotidiennement à
des apéros ou des repas offerts par les autorités ou par des mécènes
privés, sous la tente ou dans des restaurants de la ville ; les
réalisateurs, eux, n’avaient pas le temps de sortir du périmètre des
cinémas et de leur hôtel, tant ils étaient occupés par des interviews
ou des discussions.

Le fiff continue à évoluer sans pour autant changer. Les réalisateurs
asiatiques témoignent d’une maîtrise parfaite, preuve de la qualité de
leurs écoles ; le cinéma africain reste à la traîne techniquement. Ce
qui m’a le plus frappée cette année, c’est la proportion de sujets
montrant des jeunes ou des vieux. C’était le cas pour sept des dix
films en compétition. Les réalisateurs le disent, ils savent que leur
art est particulièrement apte à sauvegarder des témoignages de cultures
et de traditions en voie de disparition. D’autre part, la solitude, le
manque de compréhension et l’absence de perspectives des jeunes partout
dans le monde est la meilleure illustration des changements de notre
planète.

Mais le fiff n’est pas pour autant un festival anti-mondialisation.
C’est un regard sur le monde et un regard d’autant plus humain que les
problèmes qu’on y voit sont aussi les nôtres. Les personnes pourraient
être de n’importe quelle couleur, de n’importe quel continent. Cette
grand-mère japonaise qui chaque année prépare son miso et connaît les
signes annonciateurs des bonnes récoltes, a le même langage que ma
grand-mère. Ces deux jeunes Guinéens, trouvés morts dans le réduit du
train d’atterrissage d’un avion, sont d’abord à la recherche de petits
boulots pendant les vacances scolaires, puis d’un emploi qui leur
permettra de fonder un foyer. Leur lutte frustrante et frustrée n’a
rien d’exotique. Ce n’est que leur mort qui l’est, en raison de la
couleur de leur peau.

Deux films ont trouvé distributeur et seront projetés en Suisse dès cet
automne : Dounia, film égyptien d’une réalisatrice libanaise, qui a
reçu le prix du public et le prix des jeunes, et Be With Me, de
Singapour, qui a reçu deux prix et une mention. Dounia est une jeune
étudiante égyptienne qui prépare une thèse de doctorat en poésie arabe
et qui, parallèlement, veut suivre les traces de sa mère qui était
danseuse traditionnelle. Elle vit seule et ses choix professionnels la
mettent presque au ban de cette société traditionnelle et en train de
se durcir à l’égard des femmes. Très discrètement, le thème de
l’excision est amené, pratique qui avait été interdite et qui a de
nouveau été autorisée récemment.

La beauté de Dounia réside dans la poésie arabe et on pense
immanquablement à Shakespeare in Love. L’étudiante et son professeur
aveugle récitent des vers à tout bout de champ et on a presque envie de
fermer les yeux pour mieux entendre sauf qu’il vaut mieux lire les
sous-titres pour en profiter pleinement.

Le personnage principal de Be With Me est une femme âgée sourde et
aveugle qui parvient bien mieux à communiquer que les autres
protagonistes du film. Cette femme est un prodige, elle a réussi à
apprendre l’anglais sans l’entendre (elle joue son propre rôle dans le
film), et elle enseigne à des handicapés. Un jour, l’assistant social
qui l’aidait à faire ses courses ne peut venir et envoie son père, un
vieux veuf qui cuisine merveilleusement bien et qui a déjà régalé
l’héroïne de ses plats. C’est elle qui détectera sa tristesse et qui
saura trouver les mots et les gestes pour le consoler.

L’islam était très présent dans cette 20e édition ; non seulement à
travers le panorama du cinéma iranien traitant des séquelles de la
guerre avec l’Irak mais c’est également un film iranien qui a obtenu le
Regard d’or : Be Ahestegi, Tout doucement, l’histoire d’un homme dont
l’épouse a disparu.

L’islam apparaît aussi dans Dounia, d’une sensualité qu’on ne trouve
pas dans notre culture occidentale ; ou encore dans Justice à Agadez,
la loi traditionnelle basée sur la chaaria. Ce documentaire est une
véritable leçon de médiation : des crises de couple, des querelles de
famille, des querelles de voisinage, des conflits de travail sont
jugés. Avec une infinie douceur, le cadi écoute chacun et chacune et
avec beaucoup de bon sens rétablit la justice. Le fait qu’il vive en
plein cœur de ses administrés et sa connaissance du milieu font que
tout le monde respecte ses jugements. C’est une grande leçon que nous
donnent ces deux films.   

cr

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