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Système électoral : Le proportionnel à l’écoute du consensus

L’actualité
politique française met en évidence les dangers de la bipolarisation et
de l’alternance. Par le biais de l’élection au système majoritaire, un
parti ou une coalition se voit confier les leviers du pouvoir et croit
de ce fait exprimer la volonté de la majorité de la population. Cette
position dominante conduit très vite à l’arrogance : concertation,
consultation et recherche du compromis n’ont pas place dans cette
conception du pouvoir. La contestation régulière de la rue – une forme
d’expression peu propice au bon déroulement du débat démocratique –
constitue le prix à payer pour cet aveuglement. Les thuriféraires
helvétiques de cette forme de régime l’oublient, eux qui n’y voient que
l’avantage d’une gouvernance cohérente.
La Suisse, préservée par sa culture de la représentation
proportionnelle, ne devrait pas être guettée par cette tentation
autoritaire. Et si tel était le cas, les majorités trop sûres
d’elles-mêmes seraient bien vite remises à l’ordre par le biais des
instruments de démocratie directe.
Pourtant dans notre pays, on assiste à une évolution vers la
polarisation des forces politiques. Cette évolution se reflète dans le
vocabulaire : on parle plus volontiers qu’auparavant de majorité et
d’opposition. A Genève s’affrontent l’Entente bourgeoise et
l’Alternative de gauche ; aux Chambres fédérales le clivage
droite-gauche est devenu plus fréquent depuis deux décennies. Pourtant
l’analyse du comportement du corps électoral devrait nous prémunir
contre cette perception dichotomique du paysage politique. Aujourd’hui,
la majorité des citoyennes et des citoyens déclare ne pas s’identifier
à un parti et fait un usage accru du latoisage (biffer des noms), cette
manière de composer sa liste avec des candidats de différentes
formations politiques. C’est dire que la victoire d’un parti ou d’un
pôle n’exprime pas l’adhésion sans réserve d’une majorité d’électeurs
au programme des vainqueurs. Genève, qui cultive plus qu’ailleurs la
bipolarisation, en témoigne : le souverain défait allégrement les
projets adoptés par la majorité parlementaire, qu’elle soit de gauche
ou de droite. Et au cours de la présente législature, des projets
passés en force aux Chambres fédérales ont été balayés par le peuple.
L’usage trop systématique du référendum ne vaut guère mieux que la
conduite majoritaire de la politique française, confrontée à la
contestation de la rue. Il signale un dysfonctionnement et condamne les
autorités à un pilotage en dents de scie, quand il ne paralyse pas
l’action de l’Etat.
Les problèmes des sociétés modernes sont trop complexes et les clivages
qui traversent ces dernières trop nombreux pour tolérer des solutions
simples, tirées du carquois idéologique d’une majorité. Dans l’économie
des institutions helvétiques, la démocratie directe joue ce rôle de
garde-fou contre les tentations hégémoniques d’un parti ou d’un pôle
qui se croirait électoralement légitimé à imposer ses
vues.   
jd

Réaction

Drapeaux ou politique? – (Dahliater) – 27.03.2006

Votre
critique et votre analyse du système « majorité-opposition » me
paraissent pertinentes. Vous pourriez la prolonger par une critique de
l’utilisation du vocabulaire guerrier et de sa mise en action dans les
media, notamment par la mise en valeur permanente et explicite non pas
d’une politique, mais de drapeaux: on nous parle d’un « camp rose-vert »,
alors que les Verts n’ont jamais revendiqué une action guerrière
d’ailleurs contraire à leur charte; on nous parle sans cesse de « la
politique de l’UDC », au lieu de nous parler de la politique
d’exclusion, etc.
En plus, pour un journal qui se veut progressiste et qui donc pourrait
viser à renforcer les Verts en vue d’une politique progressiste au
détriment de ceux qui ont une politique rétrograde (foi en la
technocratie, en l’Etat et/ou en l’ « Economie »), Domaine Public colle
sans réflexion les Verts dans ce machin qu’on appelle la « Gauche »
(notion ringarde, comme « la Droite » d’ailleurs), avec l’effet de
détourner les abstentionnistes, les centristes et les dégoûtés de la
terminologie gauche-droite de voter Vert (donc pour une politique
progressiste). Domaine public (ainsi d’ailleurs que des cadres
inconscients socialistes ou popistes – impérialistes de « la Gauche »)
encourage ainsi les déçus de « la Gauche » à rejoindre les Verts,
affaiblissant les socialistes et les popistes au lieu d’affaiblir dans
les faits et les urnes les tenants des politiques rétrogrades… Domaine
public et ces cadres inconscients (socialistes et popistes) sont donc
d’excellents alliés de « la Droite » !!!
Je suis conscient, malgré mes précautions rédactionnelles, d’avoir
utilisé aussi ces notions. Mais je suis obligé de me mettre à portée de
ceux qui se sont nourris à la mamelle des drapeaux de parti.
Pierre
Santschi


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