Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Une alliance mondiale contre la servitude

L’Organisation
internationale du travail veut éradiquer l’esclavage sous toutes ses
formes avec un programme qui va des sanctions au microcrédit en passant
par l’alphabétisation.

Les travaux forcés évoquent souvent l’image presque pittoresque des
bagnards en tenue rayée cassant des cailloux dans un pénitencier de
l’Arizona. Pourtant, le travail forcé fait bel et bien partie du monde
actuel, que ce soit, par exemple, la traite des femmes sous nos
latitudes, la servitude pour dettes ailleurs, quand ce n’est pas un
Etat qui exploite systématiquement le labeur de ses propres citoyens.

Nuisible et rentable

Le travail forcé est un fléau d’une étendue colossale. L’Organisation
internationale du travail (OIT), dans son rapport Une alliance mondiale
contre le travail forcé
adopté lors de la Conférence internationale du
travail de juin dernier, estime que plus de douze millions de personnes
en sont victimes, principalement dans les pays de la zone Asie –
Pacifique. L’Etat n’est l’«employeur» que dans un cas sur six, ce qui
démontre que le travail forcé ne sera éradiqué que si les abus des
patrons privés sont combattus. En outre, le travail forcé est aussi
nuisible à ses victimes qu’il est rentable pour leurs bourreaux. L’OIT
estime que les gains réalisés sur le dos des travailleurs forcés se
montent à plus de 32 milliards de dollars par an. L’étude de l’OIT
démontre aussi que la mondialisation, la pression sur les coûts, la
déréglementation des marchés du travail et les nouveaux flux
migratoires qu’elle implique ont un effet aggravant sur l’ampleur du
travail forcé.

Selon la convention n° 29 de l’OIT, tout travail ou service exigé d’une
personne contre son gré et sous la menace d’une peine quelconque relève
du travail forcé. Les travaux exigés à la suite d’une condamnation
judiciaire ne sont pas couverts par cette définition. Un mauvais
salaire ou des conditions de travail précaires ne suffisent pas à
considérer que le travail est forcé, pas plus que si le travailleur est
contraint, par nécessité économique, à accepter un emploi parce qu’il
croit ne pas pouvoir en trouver d’autre. En revanche, la menace de
licenciement est suffisante au sens de la définition de l’OIT. Outre
ses formes «traditionnelles», telles que l’esclavage et différentes
variantes de féodalité ou de colonialisme, le travail forcé se
développe depuis quelques années sous des formes aussi innovantes
qu’insidieuses. Par exemple, un travailleur libre se voit accordé des
avances sur salaire totalement disproportionnées par rapport à
celui-ci, avances qu’il ne peut rembourser autrement qu’en travaillant
gratuitement pour son employeur pendant une durée dépassant largement
celle prévue par le contrat. C’est notamment le cas dans certaines
mines de charbon du Balouchistan pakistanais. On peut aussi citer le
cas de la servitude pour dettes inexistantes, obtenue grâce à la
falsification d’une comptabilité.

Etats et multinationales

Un exemple particulièrement édifiant de travail forcé étatique est
celui du Myanmar (Birmanie). Il existe en effet peu d’autres pays qui
exploitent avec autant d’ampleur et de systématique les forces de
travail de leurs propres citoyens. Le Myanmar a été maintes fois
condamné pour avoir par exemple contraint des villages entiers à
effectuer des travaux «d’intérêt public» sous peine d’emprisonnement,
cet esclavagisme étatique étant en outre accompagné de confiscations et
d’extorsions de fonds. Total a par exemple été accusée de profiter des
bras que l’Etat birman avait ainsi mis à sa disposition. La
multinationale pétrolière s’est résolue à indemniser un petit nombre de
ces travailleurs – qu’elle niait pourtant avoir exploités – pour éviter
des poursuites et une atteinte à son image de plus grande ampleur,
malgré une tentative de se dédouaner grâce à un rapport très
controversé de l’ancien ministre socialiste français Bernard Kouchner.

Forte de ce constat, l’OIT a décidé d’éradiquer le travail forcé et de
lancer pour cela une «alliance mondiale». Le plan d’action de l’OIT
repose en premier sur l’adoption d’une législation contraignante contre
le travail forcé dans chaque pays. Certains pays renâclent en effet,
souvent pour continuer à profiter des services de ses citoyens en tant
qu’«employeurs» peu scrupuleux, soit pour maintenir des traditions qui
permettent l’exploitation de certaines populations. La Mauritanie a par
exemple constitutionnellement aboli l’esclavage dans les années 1980,
mais sa volonté de le supprimer soulève des doutes, et l’esclavage,
souvent issu de structures datant d’avant la période coloniale,
subsiste dans de nombreuses régions.

Prévention et formation

Les représentants de l’Etat, particulièrement les forces de l’ordre,
doivent être mis au courant de l’existence d’une telle législation, et
être encouragés à l’appliquer scrupuleusement. Ensuite, il convient de
sensibiliser les populations «à risque» des dangers de certaines
pratiques, qui, comme le surendettement, peuvent mener au travail
forcé, tout en promouvant des alternatives valables, par exemple le
microcrédit ou la création de coopératives. Il s’agit aussi de mettre
sur pied des programmes pour réinsérer les victimes, notamment grâce à
l’alphabétisation et à l’acquisition de nouvelles compétences
professionnelles, et de leur permettre d’échapper à leurs anciens
«employeurs»: le travailleur libéré qui n’a pas de revenu suffisant ou
de logement risque de dépendre toujours de son ex-patron. L’OIT
souhaite également encourager la création de «comités de vigilance»,
veillant à ce que les employeurs traitent dignement leurs employés. A
cet égard, la sensibilisation de l’opinion publique, en particulier des
consommateurs, est capitale. Le rapport de l’OIT insiste finalement sur
le fait que les projets doivent être menés principalement à l’échelon
local et impliquer les partenaires sociaux.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/8895
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/8895 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne
Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP