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Etats-Unis, Japon… et après?

Le
Conseil fédéral entend négocier des accords de libre-échange pour
favoriser les exportations suisses vers les deux plus puissantes
nations industrielles non européennes. C’est une manière de fermer la
voie vers l’adhésion à l’Union européenne.

icone auteur icone calendrier 11 novembre 2005 icone PDF DP 

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Un accord de libre-échange crée une zone privilégiée d’importations et
d’exportations sans droits de douane et autres obstacles «non
tarifaires». Les pays restés en dehors sont économiquement discriminés.
La Suisse connaît parfaitement ce système qui la lie étroitement à ses
voisins, depuis 1960 avec l’AELE et dès 1972 avec l’Europe de
Bruxelles. Depuis quelques années, les projets et les réalisations de
zones de libre-échange fleurissent aux quatre coins du globe, notamment
à l’initiative des grandes puissances industrielles. L’Union européenne
a passé des accords avec plusieurs pays qui lui sont proches. La petite
zone AELE – dont la Suisse reste l’un des derniers pays membres – a
suivi l’exemple de Bruxelles. Elle a étendu le libre-échange à 19 pays
périphériques, à l’est et en Méditerranée. Les Etats-Unis ont fait zone
commune avec le Canada et le Mexique (ALENA) et poussent leurs pions
vers l’Amérique du Sud.

Dans ce contexte, la Suisse entend mettre la vitesse supérieure. Plus
question de se contenter d’accords avec des marchés extra-européens
secondaires comme le Liban ou la Tunisie. Berne veut s’allier avec les
plus grands : les Etats-Unis et le Japon. Cette avancée
libre-échangiste soulève une double question. Celle, d’abord, des
avantages et des inconvénients liés à chaque accord, puis celle des
relations avec l’Europe qui nous entoure.

Des partenaires trop puissants

Les Etats-Unis sont un partenaire important de la Suisse. Ils absorbent
10% de nos exportations. Une abolition des droits de douane et un
allégement des obstacles administratifs seraient un avantage pour
l’industrie exportatrice. Mais le volet agricole exigé par Washington
serait lourd de menaces. Les Etats-Unis contestent les AOC, attaquent
les pays qui refusent le bœuf aux hormones, font le forcing pour
écouler leurs aliments produits en masse sans égard pour
l’environnement, génétiquement modifiés ou non. Le modèle américain est
aux antipodes de la nouvelle politique agricole de la Suisse. Plus
préoccupant encore, on peut douter que la Suisse puisse faire le poids
dans la gestion d’un accord de libre-échange avec la plus grande
puissance du monde, alors que le Canada et le Mexique déplorent la
domination des Etats-Unis au sein de l’ALENA.

Le Japon est un allié de la Suisse dans la défense des agriculteurs au
sein de l’OMC. Cette récente connivence a incité Berne à envisager un
accord de libre-échange avec un partenaire qui absorbe 3,8% de nos
exportations, une part d’ailleurs en baisse depuis quelques années. Il
n’est pas certain cependant qu’une ouverture officielle des barrières
douanières permettrait de grandes avancées. Le marché intérieur
japonais est protégé par des accords privés aux réflexes étroitement
nationalistes.

Des accords exclusifs

Ni les règles de l’OMC, ni les accords actuels avec l’Europe de
Bruxelles n’interdisent à la Suisse de conclure de nouveaux accords de
libre-échange. Il est clair, en revanche, que de tels liens avec les
Etats-Unis ou le Japon seraient incompatibles en cas d’adhésion à
l’Union. La Suisse le sait bien. En 1972, la Grande-Bretagne, le
Danemark et l’Irlande ont quitté l’AELE pour rejoindre le Marché
Commun. Le maintien de liens privilégiés avec leurs anciens
partenaires, dont la Suisse, a pu être sauvegardé parce que Bruxelles a
accepté de conclure un accord de libre-échange avec chacun des pays
membres de l’AELE. On imagine mal la répétition d’un tel scénario le
jour où Berne déciderait d’adhérer à l’Union. Bruxelles n’accepterait
pas de faire ménage commun avec Washington et Tokyo simplement pour
permettre à la Suisse de conserver ses engagements internationaux.
Berne devrait alors dénoncer les accords, au risque d’incommoder les
Etats-Unis et le Japon. Les antieuropéens en tireraient avantage pour
dénoncer les dégâts d’une brouille avec de puissants partenaires.

Se lier par des accords exigeants de libre-échange en dehors de
l’Europe, c’est s’écarter de l’adhésion à l’Union. Le Conseil fédéral
affirme que l’adhésion n’est plus un objectif stratégique. On peut même
se demander si l’adhésion est encore pour lui une option.

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