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Edito: Un moratoire en trompe l’oeil

icone auteur icone calendrier 4 novembre 2005 icone PDF DP 

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Le
27 novembre prochain, s’agit-il vraiment d’une votation qui concerne le
peuple suisse ? A lire certains des arguments en faveur de l’initiative
«pour des aliments produits sans manipulations génétiques», on est en
droit d’en douter. Le moratoire de cinq ans sur la culture indigène de
végétaux et l’élevage d’animaux génétiquement modifiés devrait
préserver les pays du tiers-monde d’une dépendance suicidaire à l’égard
de quelques multinationales et les prémunir contre des monocultures
dévastatrices pour l’environnement. D’ailleurs, nous dit-on, ce type de
production ne résoudra pas le problème de la faim.

Fort bien, mais quel rôle la Suisse joue-t-elle dans cette affaire ? Un
moratoire helvétique constituerait un signe bienvenu de résistance,
affirment ses partisans. C’est accorder beaucoup d’importance à notre
pays. Et dès lors qu’il s’agit de résister, les tenants du moratoire ne
visent-ils pas en réalité une interdiction pure et simple ?

Les arguments «internes» ne sont pas plus convaincants. L’agriculture
helvétique, prédisent les partisans du moratoire, ne résisterait pas
aux risques liés à ce type de culture : coûts de production élevés,
difficultés d’écoulement puisque les consommateurs suisses ne goûtent
pas ce genre de produits, notamment. Mais alors quel paysan voudra se
lancer, incapable qu’il sera de concurrencer le maïs américain ou
argentin, et de plus boudé par le consommateur suisse ? Et même s’il
s’en trouvait un pour tenter l’expérience, il devrait passer sous les
fourches caudines de la loi sur le génie génétique : octroi d’une
autorisation conditionnée par des essais préalables et concluants en
laboratoire et sur le terrain.

Même si elle n’interdit pas les recherches, l’initiative constitue un
sérieux danger pour la poursuite du travail scientifique en génie
génétique. L’Union européenne en a fait l’expérience, qui a vu s’exiler
nombre de ses chercheurs à la suite du moratoire décrété par Bruxelles,
et maintenant aboli. Or la Suisse possède des atouts certains dans ce
domaine, dans la recherche fondamentale comme appliquée. L’enjeu du
moratoire, ce n’est ni le salut du tiers-monde, ni la sauvegarde de
l’agriculture suisse. C’est la possibilité ou non de développer la
recherche scientifique helvétique, de mieux connaître les avantages et
les risques du génie génétique. C’est le choix entre la promotion sous
contrôle de la connaissance ou le repli timoré dicté par des fantasmes.

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