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Travail du dimanche

Un
arrêt du Tribunal fédéral a provoqué la révision de la loi sur le
travail. Le Parlement a ainsi autorisé les magasins situés dans les
aéroports et les gares à forte fréquentation à employer des
travailleurs le dimanche. En échange d’un assouplissement de
l’interdiction inscrite dans la loi, une partie de la gauche a réclamé
une convention collective pour ces salariés. Le refus du Conseil
fédéral et des Chambres a déclenché le référendum soumis au vote le 27
novembre prochain.


Afin d’enrichir le débat, quatre rédacteurs de DP confrontent leurs positions sur la question.

Pas de consommation sans protection

La protection de la tranquillité publique du dimanche a bon dos pour
justifier la fermeture dominicale des commerces. Le dimanche, on mange
au restaurant, on va au cinéma, on circule, on dévale les pistes de ski
mais on n’achète pas ! L’augmentation du taux d’activité de l’ensemble
des adultes, et en particulier des femmes, implique une plus grande
flexibilité de la vie sociale : remplir son frigo en dehors des heures
de travail usuelles ne devrait pas être un parcours du combattant.
L’extension des heures d’ouverture des commerces constitue un progrès.
Mais l’assouplissement de l’interdiction de travailler le dimanche doit
entraîner des sacrifices de la part des employeurs : la paix du travail
a son prix. La modification de la loi sur le travail soumise au vote ne
s’inscrit pas du tout dans cette dynamique. En jetant par-dessus bord
le lien entre travail dominical et conclusion d’une convention
collective de travail, le Parlement a rendu cette loi d’espèce
inacceptable.    ad

Le bonheur s’achète-il le dimanche ?

Au-delà des conditions de travail, l’ouverture des commerces le
dimanche dans les gares pose une question philosophique : celle du
maintien ou non d’un jour de la semaine pendant lequel la machine
économique fonctionne au ralenti. A la liberté du consommateur, je
préfère pour ma part le maintien d’un jour férié qui confère un vrai
rythme hebdomadaire à la société. Pour que les gens puissent se libérer
du stress permanent, voir leurs amis et s’aérer le corps autant que
l’esprit.

Plus on multipliera les activités économiques le dimanche, plus cette
structuration du temps s’effritera. L’ouverture de tous les commerces
le dimanche constitue un pas de plus vers cette désagrégation. On me
reprochera une forme de paternalisme liberticide. A tort, car la
liberté ne signifie pas l’absence de règles, et il faut bien admettre
que rares sont les ermites qui peuvent échapper au rythme social.
Autrement dit, à la liberté de vivre l’obsession consumériste, j’oppose
la liberté de se calmer un jour par semaine. Et j’estime que cette
dernière doit prévaloir.     rn

Mauvaise querelle, faux combat

L’enjeu le 27 novembre prochain ? Tout simplement confirmer ou non le
statu quo, dont un arrêt du Tribunal fédéral a mis en question la
légalité. D’où la modification de la loi sur le travail pour que les
commerces des gares principales et des aéroports puissent continuer à
ouvrir leurs portes le dimanche.

Cette pratique n’a pas jusqu’à présent contribué à briser les familles
et à déliter la vie sociale. Elle n’a pas non plus suscité une
explosion de la consommation dominicale, comme le craignent les
gardiens de la frugalité collective.

Je sais que, prochaine étape, le Conseil des Etats demande la levée de
l’interdiction de travailler pour tous les salariés du commerce de
détail et de la prestation de services. Mais telle n’est pas la
question posée en novembre prochain. Encore une fois, c’est une
pratique qu’il faut confirmer et des emplois, en particulier à temps
partiel, à préserver.

Si le Parlement décidait d’aller plus loin, il serait toujours temps de
réagir. Pour l’heure, les Eglises et les syndicats se trompent de
combat.    jd

Prélude à une libéralisation générale

Même s’ils jurent leurs grands dieux «ne pas ouvrir la porte au travail
du dimanche généralisé», les partisans des ouvertures dominicales
avouent tout de même «sonder le terrain». Car les conséquences de cet
objet, moins anodin, qu’il n’y paraît vont bien au-delà de quelques
commerces et services dans quelques gares et aéroports. En cas de «oui»
le 27 novembre, la libéralisation totale des heures d’ouvertures risque
de s’imposer d’elle-même, lorsque les commerces et services situés hors
des gares auront hurlé à la concurrence déloyale et obtenu les mêmes
avantages. Et plus rien ne retiendra le Conseil national d’adopter une
proposition des sénateurs visant à «étendre les possibilités de
travailler le dimanche», de lever l’interdiction d’employer les
apprentis et les jeunes travailleurs le dimanche (ce que les Etats ont
déjà accepté) et d’introduire au moins quatre nouveaux dimanches ouvrés
par an.

Cette extension des ouvertures dominicales n’est même pas nécessaire à
maintenir le statu quo et les commerces des gares légalement ouverts le
dimanche pourront le rester, même en cas de non. En outre, elle se
ferait sur le dos d’un personnel de la vente aussi mal payé que peu
protégé collectivement. jcs

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