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Bonnes œuvres à bon marché

icone auteur icone calendrier 9 septembre 2005 icone PDF DP 

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La Suisse n’est pas championne de la coopération au développement. Pour tenir ses engagements internationaux d’élever son aide à 0,4% du PIB le gouvernement a intégré le coût des demandeurs d’asile. Cette opération comptable n’est guère brillante. Mieux vaut mettre en évidence des réussites plus honorables. A Fribourg, un film sur la création d’une exploitation agricole au Bangladesh avec l’aide d’un microcrédit octroyé par la Suisse a prouvé que de «petits sous» peuvent générer de «grands bénéfices». A Berne, la foire du commerce équitable, qui a envahi les rues de la ville avec des produits tropicaux, a illustré l’exceptionnel succès du commerce équitable en Suisse.
Tout le monde connaît la marque Max Havelaar. Son taux de notoriété en Suisse est de 85%, une performance dans le monde de la publicité. Le label est connu. Son fonctionnement l’est un peu moins. En 1992, les œuvres d’entraide créent Max Havelaar Suisse dans le but de développer la vente de produits offrant un revenu équitable aux paysans du Tiers-monde. Cette fondation n’est pas elle-même un distributeur. Elle vend des licences qui donnent le droit de commercialiser des produits sous son label. Sa connaissance du terrain et ses contrôles garantissent que les cultivateurs obtiennent un revenu équitable, que leurs coopératives sont bien gérées et que la production respecte l’environnement. Les distributeurs peuvent, sans contrôle de leur part, faire promotion sur l’aspect éthique des produits offerts. Le succès est ébouriffant. En 2004, le chiffre d’affaires des produits vendus sous ce label atteint 210 millions de francs. C’est une croissance de 35% alors que le commerce de détail est en quasi stagnation. Les parts de marché sont impressionnantes : 47% pour les bananes, 28% pour les fleurs coupées, 15% pour l’ananas. Elles sont plus modestes, à 6%, pour le café, le riz et le jus d’oranges. Avec ces chiffres la Suisse est, de loin, championne mondiale du commerce équitable.
Les origines du succès sont diverses. Max Havelaar Suisse peut s’appuyer sur une structure internationale active dans quatorze pays européens, aux Etats-Unis, au Canada et au Japon. Son démarrage a été financé par le seco pour un montant de 2,9 millions étalés sur une décennie. Coop a donné la seconde impulsion.
La promotion du commerce équitable renforçait son image de défenseur de l’environnement. La concurrence a fait le reste. Migros a suivi et, plus discrètement, les autres distributeurs. Tout le monde est gagnant dans l’opération. Les petits producteurs reçoivent en moyenne des prix de 40% supérieurs aux cours mondiaux. La fondation est dans les chiffres noirs depuis 2002. Elle a encaissé l’an passé quatre millions pour la vente de ses licences. La Confédération peut faire valoir un beau succès à moindre coût. Moins de trois millions déboursés en dix ans, c’est une goutte d’eau en regard de l’enveloppe annuel des crédits pour le développement qui frôle les deux milliards. Quant aux grands distributeurs, ils se font de la publicité en vendant des produits plus chers, mais plus équitables. Les consommateurs paient au bout de la chaîne. Modestement. Quelque dix centimes pour un kilo de bananes ou nonante centimes pour un ananas. Et ils le font volontairement.
Le commerce équitable reste cependant un remède homéopathique dans la lutte contre la pauvreté. Il ne représente que 0,01% du commerce mondial. Mais il a l’ambition – la folle ambition – de montrer des pistes à l’OMC qui, à ce jour, n’est pas parvenue à prendre en compte les normes sociales et environnementales dans la réglementation des échanges mondiaux. at

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