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Livre de Simonetta Sommaruga et Rudolf Strahm : Une politique sélective pour des migrants qualifiés

Les réflexions à long terme sont peu fréquentes dans notre pays. Mais depuis quelques années, avec des interrogations autour de la politique de l’immigration, du renouveau de l’économie, en passant par le financement de notre modèle social, l’échelle temporelle des problèmes s’est modifiée.

La gauche semble parfois un peu démunie face à cette nouvelle donne. Le système politique suisse rend singulière la situation du parti socialiste. Il est à la fois parfaitement gouvernemental, présent sans interruption au Conseil
fédéral depuis 1959, et oppositionnel, car il joue en permanence des armes de la démocratie directe. Le balancement est constant entre un réformisme modéré et un idéalisme aux accents parfois gauchisants. La plupart des Romands sont souvent reconnus comme les représentants d’une aile gauche du parti et une partie des Alémaniques comme des tenants d’une vision plus pragmatique que certains qualifieraient un peu vite de «blairiste».

Rudolf Strahm, l’actuel «Monsieur Prix», et Simonetta Sommaruga, conseillère aux Etats du canton de Berne, sont deux des représentants de cette aile alémanique qui se veut plus réaliste. Le livre qu’ils ont fait paraître sur l’avenir de la Suisse, Für eine moderne Schweiz, est sans aucun doute la réflexion la plus stimulante produite par la gauche depuis longtemps. L’étroitesse du marché helvétique rend improbable une traduction en français de leur ouvrage. Domaine Public a décidé de présenter certaines de leurs analyses et propositions au cours des prochains numéros, enrichies de
réflexions de la rédaction.

Nous commençons par la politique de l’immigration traitée par Albert Tille. Ces prochaines semaines, André Gavillet s’occupera de la fiscalité, Jean-Daniel Delley analysera les chapitres consacrés à la croissance et au travail, tandis que la question des groupes de pression et de la mise en œuvre concrète des  idées sera présentée par Yvette Jaggi. DP

Simonetta Sommaruga, Rudolf Strahm,
Für eine moderne Schweiz, Nagel & Kimche, 2005.

Les étrangers représentent un cinquième de la population de la Suisse. C’est un record en Europe, dépassé seulement par le Luxembourg. Le faible taux de naturalisation explique en partie le phénomène. Plus d’un tiers des personnes ayant un passeport étranger sont nées en Suisse ou y résident depuis plus de 30 ans.

Plus de la moitié des immigrés n’ont pas de formation post-scolaire en arrivant en Suisse. Et rien n’est fait pour améliorer leur qualification. La situation s’améliore pour les étrangers de la deuxième génération. Mais le déficit subsiste. Si seuls 3% des jeunes Suisses n’ont aucune formation post-scolaire, c’est dix fois plus pour les jeunes étrangers. Leurs parents, qui méconnaissent le système suisse, ne les incitent pas suffisamment à se former. Résultat: les étrangers représentent 48% des chômeurs et occupent 80 à 90% des emplois précaires; 55% des
condamnations pénales sont prononcées contre des étrangers.

Ce problème est largement passé sous silence. Selon Max Linder de l’Université de Berne, pendant cinquante ans, la gauche et la droite, dans un consensus non formulé, ont admis l’existence d’une société à deux classes. Le problème n’est pas le nombre des étrangers en Suisse. C’est leur
mauvaise intégration dans la société.

La fausse immigration

On entend souvent que l’économie suisse a besoin de main-d’œuvre non qualifiée et que, en conséquence, la politique d’immigration des deux cercles du Conseil fédéral est erronée puisqu’elle ne permet pas de recruter les travailleurs dont le pays a besoin hors d’Europe. C’est une monstrueuse erreur. Notre économie hautement industrialisée a de moins en moins besoin de personnes non qualifiées. Les travailleurs étrangers sans formation, bientôt jetés hors du marché du travail, ne feront qu’alourdir la facture de l’aide sociale. De plus, une telle immigration favorise la sous-enchère dans les métiers déjà mal payés.

Accepter la libre circulation de la main-d’œuvre européenne implique de rigoureuses mesures d’accompagnement pour éviter le dumping salarial.

La législation sur les étrangers est une loi de police. Elle ne fait que réglementer les catégories de personnes admises en Suisse. Quasiment muette sur l’intégration des migrants, elle laisse le problème au bon vouloir des privés, des enseignants et de quelques grandes villes. La Suisse, terre d’accueil n’est qu’un slogan. Aucun texte n’impose des
mesures d’intégration au marché du travail, au perfectionnement professionnel. L’apprentissage d’une langue nationale est souvent inexistant tout comme celui des grands principes et des mécanismes de base de la société.

L’asile perturbateur

La question de l’asile réveille les peurs. Elle suscite le rejet diffus de l’ensemble des étrangers et représente donc un obstacle à une meilleure intégration des immigrés. Les trafiquants de drogue qui hantent les gares, le harcèlement des jeunes femmes, les vols, ne concernent qu’une petite minorité des requérants d’asile. Mais ces affaires créent un
profond ressentiment. Les organes d’entraide, les églises et les communes ont trop longtemps fermé les yeux sur la réalité. Des criminels venus d’Afrique, des Balkans et du Caucase utilisent les filières de l’asile pour s’implanter en Suisse. Il faut reconnaître également que de nombreux requérants d’asile ne sont pas menacés dans leur pays d’origine. Ils fuient la misère. Une attitude trop libérale favorise les bandes de passeurs et un abus de la politique d’asile.

Il faut se montrer ferme dans l’application de la loi à l’égard desnouveaux requérants d’asile et notamment ceux qui n’ont pas de papiers et cachent leur identité. Il faut, en revanche, trouver une solution rapide pour régulariser ceux qui sont depuis longtemps en Suisse dans l’attente d’une décision.  at

Les propositions de réforme

1. Pour favoriser l’intégration
– Apprentissage de la langue et familiarisation avec les connaissances fondamentales du droit civil ainsi qu’avec les valeurs humanistes et libérales.
– Formation et perfectionnement professionnel, conseils d’orientation et coaching.
– Naturalisation facilitée, automatique pour les étrangers de la deuxième génération, pour autant que les parents l’acceptent.

2. Immigration
– Libre circulation de la main-d’œuvre en provenance de l’Union européenne.
– Admission des réfugiés en conformité avec le droit international et humanitaire, mais renvoi des émigrants illégaux.
– Contingents de permis pour les ressortissants non communautaires en formation et la main-d’œuvre hautement qualifiée.

3.- Dumping salarial
– Force obligatoire des conventions collectives facilitée.
– Engagement d’inspecteurs pour contrôler le marché du travail.
– Introduction de salaires minimaux en l’absence de convention collective.
– Contrôles accrus et sanctions renforcées contre le travail au noir.


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