Pas question d’assouplir le secret bancaire helvétique qui couvre l’évasion fiscale. La Suisse refuse de suivre l’OCDE qui recommande à ses pays membres de lutter contre la concurrence fiscale dommageable. Pour sa première apparition sur la scène internationale, le nouveau ministre suisse de l’économie a d’emblée apporté la « griffe Couchepin » : le réalisme cynique. D’autres pays trichent avec la concurrence internationale. La Suisse continuera donc de tricher. Elle tire un avantage compétitif du secret bancaire. Pourquoi laisser le champ libre aux Caraïbes et autres paradis fiscaux ? Et puis, certains pays membres de l’OCDE trouvent des combines différentes pour attirer chez eux des capitaux. Si la Smart est construite en France, c’est à cause des subventions massives de l’État et de la région lorraine.
Pascal Couchepin refuse d’habiller le refus helvétique du fatras d’argumentations moralisantes autour du secret bancaire comme la défense de la sphère privée. Ne nous plaignons pas de cette franchise. Mais son réalisme est biaisé. On ne saurait comparer une promotion économique ciblée, créatrice d’emplois dans une région dépressive comme dans le cas de la Smart, avec l’avantage occulte qu’offre le secret bancaire helvétique à tous les capitaux à la recherche d’un refuge fiscal.
On peut aussi se demander si l’intransigeance affichée par notre ministre de l’économie est la stratégie idéale pour un petit pays. L’intérêt de la Suisse est d’être le bon élève de la coopération internationale, de s’appuyer sur les règles du jeu reconnues par les grandes puissances. La lutte contre le braconnage fiscal s’impose pour maîtriser les effets dommageables de la mondialisation de l’économie et de la finance. L’assouplissement du secret bancaire est d’ailleurs un élément indispensable au bon fonctionnement de l’AMI, l’accord international sur les investissements, que Berne appelle de ses vœux. Il y a donc contradiction intellectuelle à prôner l’AMI tout en refusant de toucher au secret bancaire.
Mais il faut enfin et surtout combattre l’image reçue selon laquelle le secret bancaire a fait la prospérité de la Suisse en lui assurant un avantage concurrentiel. Certes, l’afflux des capitaux étrangers a favorisé la baisse des taux d’intérêt. Mais cet avantage pour les entreprises est annulé, à l’exportation, par le niveau du franc. Le secret bancaire protège la prospérité des Suisses qui entendent fuir le fisc. Il n’assure pas la richesse du pays. Les banques elles-mêmes affirment que leur succès dépend plus de l’excellence de leurs services que de la discrétion de leurs comptes. Adaptons-nous donc aux nouvelles donnes internationales. Tout en acceptant une généreuse amnistie fiscale pour effacer les erreurs du passé. AT
Edito: Les douteuses vertus du secret bancaire
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