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L’emploi au prix de l’éthique

icone auteur icone calendrier 12 décembre 2003 icone PDF DP 

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Les notions d’éthique et de morale sont souvent utilisées avec légèreté par les promoteurs du secret bancaire. Prenons un argument cité par l’éditorialiste de l’Agefi le 4 décembre dernier : le secret bancaire serait éthiquement défendable car il permet de maintenir des emplois. Cet argument semble à première vue cohérent, surtout en une période où le chômage augmente de manière inquiétante. Mais le maintien d’emplois – ici dans le domaine bancaire – est-il toujours une bonne chose en terme de valeurs ? Et une telle mesure favorise-t-elle vraiment le bien-être du plus grand nombre ?
Voilà pourtant un argument que l’on pourrait utiliser pour montrer que la production de mines antipersonnel, ou la vente de drogue, sont des actions d’ordre éthique, puisqu’elles génèrent des emplois. Dans ces deux exemples extrêmes, on voit facilement que le maintien d’emplois n’est pas un bien absolu. Dans certains cas, il peut même s’opposer à des valeurs importantes, comme le respect de l’intégrité physique ou morale d’autrui. En matière de secret bancaire, le prix à payer au niveau des valeurs est, notamment, une forme d’iniquité. Le secret bancaire maintient effectivement des emplois, mais il permet d’autre part à ceux qui en ont les moyens d’ouvrir un compte en Suisse afin de soustraire leur capital au fisc, alors que les petits budgets doivent payer leur dû sans possibilité de négociation. De manière générale, le secret bancaire favorise donc les fraudeurs.
D’un point de vue utilitariste, qui serait celui de la création globale de richesses, le caractère éthique du secret bancaire, en tant que générateur d’emplois, est également à relativiser. En effet, si le secret bancaire crée des emplois dans le secteur financier, l’évasion fiscale qu’il facilite en élimine dans d’autres domaines, en particulier dans les pays d’origine des fraudeurs. Ce sont finalement de nombreux emplois qui ne sont pas créés ou qui sont mis en danger, faute de moyens pour faire respecter la loi dans le pays qui subit l’évasion fiscale : la possession de fonds doit se traduire en investissements qui créent à leur tour de la richesse et ensuite les emplois – enseignants, infirmiers ou assistants sociaux – dont la tâche est de se consacrer au bien public et de servir le plus grand nombre.
Le maintien de postes dans le secteur bancaire justifie-t-il vraiment, dans le cadre d’une réflexion éthique, que l’on ne réfléchisse pas au travail qui pourrait être créé ailleurs, et que soient mis en balance des principes moraux universellement reconnus comme l’équité ?

Adèle Thorens
conseillère communale à Lausanne, les Verts

Elle entame une collaboration régulière avec DP

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