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Formation : Les diplômes préfèrent les riches

L’étude de Caritas montrant le lien très clair entre pauvreté et manque de formation a fait grand bruit dans les médias. Les personnes sans formation autre que celle obligatoire risquent beaucoup plus de se retrouver dans la catégorie «sans emploi» que les personnes au bénéfice d’un diplôme de fin d’apprentissage ou d’une maturité. Ces conclusions peuvent sembler évidentes, mais les réactions presque étonnées qu’elles ont suscitées laissent penser qu’il est nécessaire de revenir régulièrement sur ce genre de problème. Après le temps de l’analyse, la course aux solutions est lancée pour améliorer le niveau général de formation de la population.

La scolarisation précoce
Une solution mise en avant ces dernières semaines (notamment par la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique) consisterait à faire commencer l’école obligatoire plus tôt. Cette mesure sera-t-elle un jour appliquée ? Financièrement, les cantons et la Confédération ne semblent pas prêts à assumer ce genre de dépenses supplémentaires, alors même que l’on évoque parfois, ici ou là, la suppression d’une année d’école enfantine. Finances mises à part, on peut douter de la réelle efficacité d’une telle mesure qui devrait faire l’objet d’études approfondies. Les cantons suisses où l’on commence l’école plus tard ne sont pas forcément ceux qui s’en sont sortis le plus mal dans le cadre de l’enquête PISA (Programme for International Student Assessment) de l’OCDE ou qui ont le plus faible taux de maturités gymnasiales. La Finlande, souvent présentée comme un modèle, a renoncé à une scolarisation précoce à cause des problèmes de transports liés à sa géographie particulière (cf. DP n° 1507).
Ces questions sont toutefois légitimes et trouvent peut-être d’autres réponses au moment où l’Office fédéral des statistiques (OFS) publie une étude concernant les parcours des jeunes après les années de formation obligatoire (étude longitudinale TREE, Transition Ecole-Emploi). Réalisée chaque année depuis l’enquête PISA en l’an 2000, et au moins jusqu’en 2007, elle est une source d’informations de grande valeur dont on devrait profiter au maximum. Les données présentées permettent d’affiner le portrait des jeunes à un moment clé de leur existence.
L’accès à de bonnes formations postobligatoires est essentiel pour réussir ensuite son parcours professionnel. L’accès à ces formations dépend bien entendu des diplômes obtenus précédemment. Mais, au-delà de cette évidence, les chercheurs constatent surtout l’importance des facteurs liés à l’origine sociale. Les jeunes issus d’un milieu social modeste et les jeunes immigrés ont moins de chances que les autres de pouvoir entreprendre une formation postobligatoire. On note, par exemple, que plus de la moitié des jeunes appartenant aux couches sociales supérieures entrent au gymnase, contre moins de 10% des jeunes des couches sociales inférieures.

Le poids de l’origine sociale
Un élément tout particulièrement gênant dans ces données est de savoir que les compétences évaluées par l’enquête PISA sont fortement «concurrencées» par le fait d’obtenir un bon diplôme ainsi que par l’origine sociale. Selon l’étude TREE, «à compétences égales, les chances de pouvoir entreprendre des études ou un apprentissage de haut niveau sont de deux à quatre fois plus grandes pour les élèves issus des programmes d’enseignement à exigences étendues que pour ceux issus des programmes d’enseignement à exigences élémentaires.» Egalement à compétences égales, «le risque statistique de rester sans formation ou de suivre une formation professionnelle de niveau bas ou moyen est nettement plus élevé pour les jeunes issus de milieux sociaux modestes». Ces conclusions étonnantes montrent à quel point le pouvoir du titre est fort, ainsi que le rôle prédominant de l’origine sociale. L’enquête PISA avait déjà montré que la Suisse faisait partie des pays occidentaux dans lesquels ce dernier facteur était particulièrement influent.
Tout cela nous amène à confirmer que, peut-être, la piste la plus intéressante est à chercher du côté des pays qui poussent très loin l’hétérogénéité des classes (cf. DP n° 1498). La réduction, voire la suppression, des différentes couches ou filières de formation qui séparent si clairement des élèves du même âge aurait plusieurs mérites. Tout en n’empêchant pas la valorisation des meilleurs élèves, elle éviterait la stigmatisation des jeunes a priori moins doués qui, aujourd’hui, sont souvent «casés» dans des classes peu valorisantes, qui limitent notamment leurs choix de formations postobligatoires. Elle permettrait également une forme de brassage de population bienvenu en séparant moins nettement les élèves d’origines sociales différentes.

Parcours vers les formations postobligatoires. Les deux premières années après l’école obligatoire. Résultats intermédiaires de l’étude longitudinale TREE, Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, 2003.

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