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Football : Des buts cosmopolites

icone auteur icone calendrier 30 janvier 2004 icone PDF DP 

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L’Association suisse de football (ASF) a décidé de
garantir la libre circulation aux joueurs de l’Union européenne.
Dorénavant, si un club le désire, il pourra aligner onze joueurs
étrangers, au même moment, sur le terrain. Cette décision paraît
logique si l’on admet que les sportifs professionnels sont des
travailleurs comme les autres. Néanmoins, l’ASF a immédiatement annoncé
vouloir prendre des mesures protectionnistes pour accompagner le
processus.
Premièrement, la formation des jeunes footballeurs serait
menacée. Mais, en fait elle est le fruit de longues années de travail
avant d’intégrer l’équipe première. De plus, quand un club investit
dans la formation, il peut certes le faire pour garder les joueurs,
mais il peut aussi les vendre à bon prix à un autre club européen.
Deuxièmement, on s’inquiète de la baisse possible du niveau de l’équipe
nationale. L’argument ne convainc pas non plus. Les joueurs de l’équipe
nationale font souvent carrière dans des clubs étrangers. Le Danemark a
un championnat faible mais une très bonne équipe nationale.

L’identification en danger
L’identification
des supporters à leur club pourrait également se relâcher. Des
supporters bâlois ou genevois ne verraient peut-être pas d’un bon œil
leur équipe, si celle-ci n’avait aucun titulaire suisse. Toutefois, il
n’est pas du tout sûr que le public boude son équipe par manque de
joueurs locaux. Pour beaucoup de clubs européens, l’identification des
supporters à leur équipe ne passe plus par l’origine des joueurs. Il
n’est pas rare de voir des équipes aligner seulement deux ou trois
footballeurs du pays pendant un match. Parfois aucun. Le Real Madrid
est l’exemple le plus remarquable de ce cosmopolitisme. Ses joueurs
vedettes sont brésiliens, français, anglais, portugais. L’admiration
vouée à ces «mercenaires» rejaillit malgré tout sur le club et sa
ville. A la grande satisfaction des Madrilènes.
La Suisse ne manque
pas d’exemples, dans d’autres sports. Des équipes de volley-ball
masculines ou féminines jouent déjà avec cinq ou six joueurs étrangers
sur le terrain (pour six places). Le hockey-club Davos, lors de la
fameuse Coupe Spengler, joue avec ses trois joueurs étrangers
accompagnés de plusieurs renforts, eux aussi étrangers, évoluant dans
le championnat suisse. Cela n’empêche pas les supporters de se réjouir
du succès de leur équipe.

La victoire d’abord
On pourrait
bien entendu regretter cette évolution du sport. Les clubs populaires
sont finalement les clubs les plus riches et peu importe s’ils ont fait
des efforts pour former eux-mêmes leurs joueurs. Peu importe si le
centre-avant de Servette est né à Genève, rêvant depuis toujours de
porter le maillot grenat, ou s’il vient de Glasgow ou Athènes,
simplement pour gagner sa vie. Les clubs n’en perdent-ils pas, d’une
certaine manière, leur identité ? Les supporters n’en ont cure. Seule
la victoire et le spectacle comptent.
Dans ce contexte, les
dernières résistances de l’ASF semblent illusoires. Elles ne
correspondent tout simplement plus à l’esprit du temps. Le football
garde certes un ancrage territorial. Le succès des matches de l’équipe
nationale le démontre. Mais les joueurs, eux, n’ont plus de frontières.
Et les clubs ne se privent pas d’en profiter, avec la bénédiction de
leur public.

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