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AVS : La foire aux retraites anticipées

icone auteur icone calendrier 8 juillet 2005 icone PDF DP 

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Les inégalités sociales face à la retraite sont
criantes. Les riches vivent non seulement plus longtemps, mais ils ont
les moyens de cesser de travailler plus tôt, avec une meilleure
pension. Grande absente de la 11e révision de l’AVS, la retraite
anticipée est donc dans tous les esprits. Au moment où l’Union
syndicale suisse (USS) lance son initiative instaurant le droit de
bénéficier d’une AVS anticipée dès 62 ans sans réduction de rente, le
Blick (28 juin 2005) considère la proposition de Pascal Couchepin «plus
sociale que celle des syndicats». Comparons.
Persuadé que l’absence
de la retraite anticipée, malgré les promesses du Conseil fédéral, est
l’unique responsable du naufrage populaire de sa précédente mouture de
la 11e révision de l’AVS – et ignorant que les électeurs ont aussi été
sensibles aux réductions des prestations que prévoyait cette révision –
Pascal Couchepin aimerait permettre aux très bas revenus, et à eux
seuls, de bénéficier dès 62 ans d’une rente-pont anticipée jusqu’à une
fois et demi supérieure à la rente AVS maximale. A moindre coût – 400
millions seulement soustraits aux subventions fédérales pour l’AVS, au
lieu de 720 à 980 millions prévus par l’USS, sa proposition offre aux
concernés un meilleur revenu que celui des bénéficiaires de la retraite
anticipée version syndicale. Mais ces derniers n’ont pas le mauvais
rôle pour autant, car la proposition du ministre des affaires sociales
s’apparente plus à un délestage de l’AI et de l’assurance chômage qu’à
une véritable retraite anticipée librement choisie. En effet, ne
bénéficieraient de la proposition Couchepin que 7 ou 8% des salariés,
alors que le besoin de retraite flexible concerne aussi les classes
moyennes. Besoin dont tient compte l’initiative des syndicats, qui
offre à tous les salariés qui renoncent à une activité lucrative la
possibilité de partir à la retraite au moment de leur choix après 62
ans. L’initiative laisse toutefois au législateur le loisir de réduire
les rentes des hauts salaires qui feraient usage de cette nouvelle
flexibilité. Pour un coût à peine deux fois plus élevé, l’initiative
syndicale permet donc la retraite flexible à une population près de dix
fois plus grande. En outre, les rentes-pont Couchepin ne seraient pas
exportables, même dans l’Union européenne, permettant au passage
quelques économies sur le dos des nombreux travailleurs migrants qui
rentrent au pays.

Quarante ans de travail
Mais l’USS n’est
pas la seule à gauche à proposer une solution pour flexibiliser l’âge
de la retraite. Le conseiller national Stéphane Rossini (Soc/VS) a en
effet déposé une initiative parlementaire visant à passer à 40 années
de cotisation (exprimées en trimestres) dès l’entrée dans la vie active
(cf. DP n° 1627). Pour les salariés ayant exercé des métiers pénibles,
la durée de cotisation serait réduite. Ce modèle a certes été rejeté
par la Chambre du peuple, mais il continue à faire des émules à gauche,
notamment en Suisse romande, où il est parfois préféré à l’initiative
de l’USS. Plusieurs problèmes devraient toutefois convaincre les
progressistes romands de se ranger derrière la proposition syndicale.
Le modèle Rossini a tout d’abord le défaut de rapprocher l’AVS d’un
modèle de prévoyance professionnelle où la rente reflète la carrière de
l’assuré, alors qu’il s’agit d’une assurance qui s’adresse à toute la
population indépendamment du fait qu’elle ait été salariée. Il est vrai
que l’initiative de l’USS a en partie le même défaut, vu que la
retraite anticipée qu’elle préconise sera liée à l’abandon de toute
activité professionnelle. En outre, la carrière de l’assuré serait très
difficile à reconstituer précisément, car aucune donnée n’existe. Si
l’on devait introduire ce modèle, il faudrait attendre 40 ans pour
qu’il puisse entrer en vigueur. Avant cela, il serait presque
impossible de retracer le parcours professionnel des futurs rentiers,
afin de vérifier s’ils ont bien cotisé 120 trimestres et si les métiers
qu’ils ont exercés ont été pénibles, à plus forte raison si leur
carrière ne s’est pas déroulée entièrement en Suisse. Enfin, cette
proposition est défavorable aux personnes, souvent des femmes, qui
n’ont pas travaillé toute leur vie (ou n’ont pas pu bénéficier de
«bonifications éducatives») et qui, à moins de compter le paiement de
la cotisation minimale à l’AVS comme une année de cotisation,
n’atteindraient donc les 120 trimestres qu’au delà de 64 ou 65 ans et
ne pourraient donc pas bénéficier de retraite anticipée, ce que le
modèle des «40 années» s’est pourtant donné comme but. jcs

L’initiative de l’USS : www.avs-62.ch

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