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Chômage : La faute aux Romands

En Suisse alémanique, il est parfois de bon ton de
se gausser du taux de chômage élevé des cantons latins. L’économie est
moins performante en deçà de la Sarine, dit-on, et les «Welches» ont
quelques fois la réputation d’être plus prompts à compter sur les
prestations de l’Etat qu’à affronter les réalités du travail. En ce qui
concerne le chômage des jeunes, c’est le système de formation
professionnelle qui est mis en cause. Certes, les deux côtés de la
Sarine connaissent le système dual d’apprentissage en entreprise. Mais
en Suisse romande, les écoles professionnelles étatiques (écoles des
métiers, écoles de commerce) à plein temps sont plus nombreuses et la
part des apprentis en entreprise nettement moins importante. Ainsi, les
pontes alémaniques de notre économie accusent ces écoles de ne pas
former leurs élèves à la pratique et de les condamner au chômage,
malgré le fait qu’elles délivrent le même diplôme que celui que reçoit
un apprenti en entreprise au terme de sa formation. La tendance romande
à vouloir confier à l’Etat la formation professionnelle de base serait
ainsi responsable du taux de chômage élevé chez les jeunes. Or les
chiffres actuels du chômage des jeunes démontrent que ce n’est plus le
cas.

Des mesures anticycliques
Publiée l’été passé, l’étude
AMOSA (Arbeitsmarktbeobachtung Ostschweiz-Aargau) a révélé que la
courbe alémanique du chômage des jeunes, longtemps nettement en dessous
de la statistique romande (à l’instar du taux chômage général), s’en
est rapprochée. En effet, au plus fort de la crise des années 1990,
environ 3% des jeunes étaient au chômage en Suisse alémanique, contre
plus de 8% en Romandie et au Tessin. Au moment de la parution de
l’étude, on comptait en revanche un peu moins de 6% de jeunes inscrits
au chômage Outre-Sarine, contre un peu plus de 6% en Suisse latine. Et,
selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco), la part de jeunes
chômeurs par rapport au nombre total de demandeurs d’emplois est
désormais nettement plus élevée en Suisse alémanique.
Ce nouvel
état de fait démontre que la formation professionnelle, un des aspects
déterminant du chômage des jeunes, n’est pas plus mauvaise en Suisse
romande qu’ailleurs. Ainsi, la proposition des syndicats d’ouvrir des
écoles professionnelles pour pallier au manque flagrant de places
d’apprentissage s’avère beaucoup plus pertinente que pourraient le
penser de prime abord les partisans d’une formation professionnelle de
base se déroulant uniquement en entreprise. Au contraire, il s’agit
d’une mesure anticyclique parfaitement appropriée pour permettre à
chaque jeune d’entrer dans la vie professionnelle avec des
qualifications. jcs

Statistiques du seco: http://ams.avam.ch/f

L’étude ESPA : www.statistik.admin.ch > thèmes >
vie active et rémunération du travail> survol > publications

L’étude AMOSA : www.amosa.net (en allemand)

Combien de jeunes chômeurs ?

Adversaires
et partisans d’une intervention rapide des pouvoirs publics contre le
chômage des jeunes ont à leur disposition des chiffres plus ou moins
alarmants. Si les chiffres du seco font état pour janvier 2005
d’environ 5,4% de jeunes (de quinze à vingt-quatre ans) inscrits au
chômage (donc annoncés auprès des Offices régionaux de placement, ORP),
l’Enquête sur la population active en Suisse (ESPA) de l’Office fédéral
de la statistique (OFS) avance elle un chiffre de 7,7% de jeunes sans
travail. L’étude AMOSA a en effet démontré que plus de la moitié des
jeunes concernés ne s’annonce pas auprès des ORP. Quelles que soient
les statistiques du chômage des jeunes utilisées, il est donc fort
probable qu’elles soient largement sous-évaluées. jcs

Jusqu’à quel âge est-on «jeune» ?

Sont
communément considérés comme «jeunes» chômeurs les sans-emploi de
quinze à vingt-quatre ans. Cette tranche d’âge correspond aux deux
«transitions» clefs vers la vie active. Quinze ans marque celle entre
école et formation (par exemple professionnelle). Vingt-quatre ans est
l’âge où est censée se terminer la seconde «transition», celle du
passage de la formation à la vie active (fin de l’apprentissage ou des
études). Le moment où l’on atteint ces charnières a toutefois tendance
à reculer : l’âge moyen d’entrée en apprentissage est de plus de
dix-sept ans (voire de plus de dix-huit ans dans certaines régions) et
les études s’allongent de plus en plus. Une adaptation de la définition
des jeunes chômeurs est donc nécessaire, même s’il faut pour cela que
ces derniers soient de moins en moins «jeunes». jcs

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