Mode lecture icon print Imprimer

Forum: langues : Un pays de polyglottes

icone auteur icone calendrier 16 juillet 2004 icone PDF DP 

Thématiques

Si on ne peut pas imposer les mêmes voies d’acquisition des langues nationales à tous les cantons, on peut leur faire adopter les mêmes objectifs, ainsi que des mesures de contrôle pour assurer qu’ils soient réalisés. C’est le moyen de maintenir, voire d’améliorer le niveau atteint par les élèves dans la deuxième langue nationale.
En 2001, déclarée «année européenne des langues» le Conseil de l’Europe a lancé le Portfolio des langues : un document très précieux, qui permet à tout le monde dès l’âge de 15 ans jusqu’à la fin de sa vie de se documenter et d’évaluer ses connaissances linguistiques. Cet instrument s’adresse également aux jeunes Suisses en formation comme aux adultes actifs ou retraités. (La version helvétique du Portfolio, une fois n’est pas coutume, a été en effet la première à être validée par le Conseil de l’Europe. L’Ecole professionnelle et commerciale de Lausanne figure parmi les pionniers de la méthode. Cette année, neuf élèves ont pu valoriser ainsi leur bagage linguistique. n.d.l.r.)
Mais pour pouvoir comparer de manière objective l’état des connaissances de la deuxième langue nationale dans les différents cantons, il faudrait introduire également un certificat unique pour tous les jeunes d’une même région linguistique. On pourrait soit adopter, soit prendre pour exemple les certificats déjà existants en France et en Allemagne : pour le français, le Diplôme d’Etudes en Langue Française et Diplôme Approfondi de Langue Française ; pour l’allemand, le Zertifikat Deutsch. Les préparations et les examens pour atteindre ces certificats pourraient être promus et surveillés par un centre de compétences linguistiques, à l’image de celui inscrit dans le projet de loi sur les langues, (pour l’heure en suspens, n.d.l.r.). C’est en introduisant ce certificat que l’on pourra vraiment vérifier le maintien du niveau des connaissances de la deuxième langue nationale dans les cantons favorisant l’anglais. (Voire l’abandon du français à l’école primaire comme le demande l’initiative lancée ces jours à Zurich. A la décharge des cantons alémaniques, il faut rappeler que l’allemand – Hochdeutsch – représente déjà une deuxième langue qui vient se greffer sur les dialectes parlés. n.d.l.r.)

Des échanges culturels
L’introduction de ce certificat aurait donc trois conséquences bénéfiques : elle permettrait de réaffirmer concrètement la volonté de tous les cantons de sauvegarder l’enseignement de la deuxième langue nationale ; elle leur laisserait en même temps l’entière liberté dans le choix de la méthode ; enfin, elle leur imposerait un instrument pour mesurer l’efficacité de ce choix.
Bien entendu, l’instauration d’un certificat ne suffit pas à promouvoir l’apprentissage d’une deuxième langue nationale. Il faudra y ajouter d’autres mesures : renforcement de la formation des professeurs de langues à tous les niveaux, renforcement des échanges culturels entre les régions linguistiques. Pour le moment, la politique des échanges est trop limitée à l’aspect purement linguistique. Il faut bien voir que pour les jeunes, l’envie d’apprendre la langue de leurs voisins suisses passe aussi par la fréquentation de concerts rock, de spectacles de théâtre, de danse, etc.
Il faudrait donc des subsides accrus pour favoriser la circulation des créateurs en tout genre entre les régions linguistiques. Il n’est pas normal que des troupes de théâtre romandes reçoivent aujourd’hui plus facilement des subsides pour une tournée, disons en Pologne, que pour présenter leur travail dans les principales villes de Suisse alémanique. L’engouement des jeunes alémaniques pour l’anglais est dû à une prépondérance de cette langue dans tous les domaines culturels – ce qui dépend de questions d’argent liées au marketing de la culture, et nullement de considérations liées à la qualité artistique. Une politique visant à faciliter les échanges entre les régions linguistiques doit en tenir compte.
Le Portfolio européen des langues gagnerait une signification particulière pour tous les jeunes Suisses. Car il contient, entre autres, le Passeport des langues, dans lequel sont enregistrés les certificats des langues acquis. Les Suisses se distingueraient alors à l’avenir par le fait que leur Passeport de langues contiendrait un certificat pour une langue autre que l’anglais.

Daniel Rothenbühler

Extrait et adapté d’un texte paru dans le Bulletin thématique n° 2/L’avenir de l’enseignement des langues en Suisse, Forum Helveticum, 2002.

Plus d’informations sur les sites du Conseil de l’Europe et de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique :
culture.coe.int/lang
edkwww.unibe.ch

Pour commande :
www.blmv.ch

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/7983
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/7983 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.