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Energies renouvelables : La rétribution d’injection couvrant les coûts

icone auteur icone calendrier 2 septembre 2005 icone PDF DP 

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Le potentiel de développement de grandes
installations hydroélectriques classiques est quasiment épuisé en
Suisse, faute d’emplacements encore utilisables. C’est donc davantage
les nouvelles énergies renouvelables qui permettront de progresser.
Pour y parvenir, il est cependant nécessaire de surmonter trois
difficultés.
Premièrement, les nouvelles énergies renouvelables
(NER) sont pour l’instant en général plus chères au KWh, du moins si on
les compare à l’alternative la plus banale, à savoir les turbines à
gaz. De plus, les NER ont une structure de coût particulière : les
investissements initiaux sont plus élevés, mais les frais de
fonctionnement plus bas que ceux des sources conventionnelles. Il n’y a
en effet que peu ou pas de coût pour obtenir l’énergie primaire : le
vent est gratuit, alors que le gaz a un prix élevé et croissant.
S’agissant des coûts d’investissement pour les NER, le passage à une
production industrielle permet une baisse importante des frais de
fabrication des installations, comme le montre l’exemple allemand : le
boom éolien a fait chuter le prix des installations, au point que ce
mode de production est en train de devenir le plus concurrentiel si
l’on considère le tarif au KWh. Le même phénomène a lieu pour le
photovoltaïque, qui demeure pourtant encore loin du seuil de
rentabilité. Dans les deux cas, il faut cependant un élément
susceptible de déclencher le succès d’une nouvelle ressource.

Trouver les financements
La
deuxième difficulté consiste à trouver des investisseurs pour les
nouvelles énergies renouvelables. Le problème est similaire à celui
rencontré autrefois lors de la construction des grands barrages et des
centrales nucléaires. Les prix de revient par KWh pour les nouvelles
installations étaient alors supérieurs aux prix de vente du courant
produit par les anciennes installations déjà amorties. A l’époque, les
grandes entreprises monopolistiques ont résolu ce problème en vendant
le courant à un prix moyen, ce qui permettait de couvrir les coûts des
nouveaux investissements. Ainsi, tous les usagers participaient au
financement. Malheureusement, cette piste n’est plus garantie dans le
contexte actuel de libéralisation rampante ou explicite. Le producteur
qui cherche à dégager une marge supplémentaire pour financer d’autres
projets risque de perdre ses clients, du moins lorsque ceux-ci sont de
grandes entreprises ou des revendeurs de courant.
Finalement, de
nombreuses entreprises électriques sont assez réticentes aux nouvelles
énergies renouvelables. Il s’agit d’une réticence stratégique, mais
aussi pratique, dans la mesure où les NER exigent souvent une approche
décentralisée qui ne correspond pas à la culture de ces entreprises.

Levée des incertitudes financières
Pour
remédier à ce problème, il est prévu d’introduire la rétribution
d’injection couvrant les coûts (RICC). La RICC garantit à
l’investisseur un prix d’achat du KWh qui ne change pas pendant une
durée contractuelle donnée, généralement vingt ans. Ce prix assuré par
contrat lève les incertitudes et permet de réunir les capitaux pour
construire l’installation.
Le niveau de rétribution est évidemment
différencié en fonction de la technologie. Une installation de
production d’électricité à partir de la biomasse ou des déchets obtient
un tarif plus bas qu’une installation photovoltaïque, parce que ce sont
des technologies moins chères. Chaque année, le niveau des rétributions
pour les nouveaux contrats baisse de quelques pour-cents. Cette baisse
annoncée du niveau de rétribution pour les contrats conclus plus tard
incite les investisseurs à démarrer immédiatement les projets, de
manière à bénéficier d’un prix plus élevé de vente du courant pendant
les vingt années qui suivent. Cet effet a déclenché le boom éolien en
Allemagne. Avec l’effet induit de créer des gains d’échelle dans la
fabrication d’installations, et donc une baisse des coûts
d’investissement.

Arriver aux prix du marché
La baisse
progressive et annoncée des rétributions, ainsi que les gains
d’échelle, amènent progressivement le coût de la technologie en
question à un prix au KWh proche du marché. Contrairement au
subventionnement direct des investissements, ce mode de rétribution au
KWh a l’avantage de ne soutenir que les propriétaires qui font
effectivement fonctionner leurs installations.
Comme l’électricité
est ensuite revendue sur le marché, seule la différence entre la RICC
et les prix du marché doit être prise en charge. Plus ces derniers
montent, moins la différence est élevée. Dans le contexte de pénurie
qui se dessine, le système a donc des coûts qui diminuent.
Le
financement est assuré par un prélèvement de maximum 0,3 centimes par
KWh sur le timbre de transport de l’électricité sur le réseau à très
haute tension. Cela représente un montant d’environ 150 à 180 millions
par an. Cette socialisation du financement des nouvelles technologies
est le pendant du «prix moyen» pratiqué autrefois pour financer les
barrages et les centrales nucléaires. rn

Les nouvelles énergies renouvelables
Dans
le domaine de l’électricité, on entend par là le photovoltaïque,
l’éolien, la géothermie de grande profondeur, les différentes sortes de
biomasse (biogas, bois, STEP, etc.), la combustion de la part
non-fossile des déchets ménagers ainsi que le turbinage de l’eau
potable et des eau usées. L’adjectif «nouveau» signale la différence
avec les installations hydroélectriques classiques au fil de l’eau ou
par accumulation.

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