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Journées cinématographiques : Soleure, fais-moi peur !

Aux Journées cinématographiques de Soleure, on trouve de tout : un portrait du peintre Louis Conne dans sa nonante-huitième année, un concert de musique ancienne à Einsiedeln, un orgue amovible de quatre tonnes conçu par un Suisse pour la chapelle Sixtine. Ces sujets, et bien d’autres, filmés par nos compatriotes, sont ceux de la multitude de documentaires cuvée 2004. A propos du «cinéma du réel», si vivant en Suisse, la première impression qui se dégage du coup d’œil jeté au programme, c’est bel et bien celle d’une «vitrine». Une expression souvent employée à propos de la manifestation elle-même pour désigner le lieu où le cinéma suisse s’expose et qu’il est tentant d’utiliser pour dire la préoccupation quasi constante de quadriller le patrimoine en le fixant sur pellicule. A Soleure, on se promène dans un train panoramique dévoilant les mille et une richesses de l’Helvétie jolie : des anciens de la mob, des cadres licenciés en plein désarroi, un groupe de rock des années septante.
Et si cette belle pratique du documentaire, si fréquemment vantée, révélait au fond, dans notre cinématographie, une certaine absence de vie ? Un manque d’imaginaire, on l’a souvent dit, mais il y aurait peut-être encore plus. Ou plutôt moins. Ce qui peut mettre la puce à l’oreille, dans le contexte d’un festival, ce sont certaines déclarations préliminaires des cinéastes avant le passage de leur film. Telle réalisatrice présentant son quatrième court métrage de fiction n’ayant rien d’autre à révéler que le sentiment d’avoir aujourd’hui «atteint un niveau professionnel lui permettant le passage au long métrage». Ou une autre, également auteure d’une histoire courte, ne souhaitant que parler des «petites choses qui font le sel de la vie». N’y a-t-il pas de motivations plus profondes pour développer les efforts colossaux que suppose la production d’un film ? Certes, ces déclarations souvent embarrassées, exercices obligés, ne sont pas à prendre pour plus qu’elles ne sont. Intéressant toutefois d’examiner à l’aune de l’urgence à s’exprimer quelques longs métrages suisses romands non encore sortis dans les salles.

L’auteur contre le standard
On passera rapidement sur les productions télévisuelles, la standardisation dans ce domaine étant telle que Agathe, tourné pour la TSR par Anne Delluz, et La Diga, commande de la TSI à Fulvio Bernasconi, réalisateur tessinois établi à Genève, présentent de frappantes analogies de scénario, à deux télévisions régionales de distance. Deux projets pourtant différents qui, sans concertation aucune (du moins le suppose-t-on !), mettent tous les deux en scène une mère célibataire qui cherche dans l’un comme dans l’autre film à résoudre l’atavisme qui frappe son enfant ! La place du réalisateur en tant qu’auteur est ici ramenée à la portion congrue.
On doute qu’une diffusion réelle permette à de nombreux spectateurs de voir le délirant Une Chienne catalane, de François Boetschi, sous-titré Un film de Léon Francioli et Daniel Bourquin, où les deux improvisateurs fous se mettent en scène dans un délire d’images superposées. Tantôt posant déguisés dans des sous-bois, tantôt trottinant dans la pénombre des couloirs du Palais de Rumine à Lausanne, les deux compères se sont offert une immense partie de rigolade avec leur propre musique pour bande-son. On l’aura compris, la démarche relève ici de la provocation. Toutefois, exprimer un ras-le-bol des productions standards, voilà qui fait lever un peu le sourcil.
S’il présente lui aussi le caractère d’un OVNI, iXième, de Pierre-Yves Borgeaud et Stéphane Blok, est une production autrement ambitieuse. Léopard d’Or à Locarno dans la catégorie vidéo, le film n’a pas été tiré sur pellicule, faute de moyens, mais sortira tout de même en salle prochainement. Au contraire de trop de documentaires tranquilles et de fictions laborieuses, le film de Borgeaud et Blok est un objet à voir. A défaut d’être tenue de bout en bout, l’affaire de ce prisonnier filmeur bouscule et tente de faire passer du sentiment à l’écran, tout en menant une réflexion sur l’enfermement. Peurs, désirs et interrogations. Quelque chose de vivant et d’énergique, sans tentative facile de séduction.

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