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Francis Bacon (1909-1992) : La vérité n’est vraie que déformée

icone auteur icone calendrier 7 mai 2004 icone PDF DP 

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Avec Francis Bacon et la tradition de l’art, la Fondation Beyeler à Bâle propose jusqu’au 20 juin une exposition enthousiasmante. Le peintre britannique considéré de manière convenue comme l’un des plus grands artistes de la fin du vingtième siècle, désigne avec éclat, hors de toute convention, l’impuissance de toutes celles et ceux qui, après le mouvement surréaliste, annonçaient la fin de l’art.
Dans un court-métrage réalisé en 1963 par Pierre Koralnik, Francis Bacon évoque l’idée de «déformation», son obsession «peinturière». Comment comprendre et maîtriser, appliquer, développer et exploiter la déformation de ce qu’il est banal d’appeler la réalité ? Déformation avec laquelle tout artiste se bat et se débat, voire que chacune et chacun perpètre comme Monsieur Jourdain le fait avec la prose.

Cru comme la chair
Le travail de Bacon répond à cette question en suivant une autre voie que l’autoroute empruntée à la suite des surréalistes. Il suit une piste pour peintre seul. Ce n’est pas la réalité-sujet lointain qui est déformée, mais le corps-objet immédiat, la chair que l’artiste triture et manipule.
L’exposition respecte bien son titre. Elle veut très didactiquement montrer les sources de l’œuvre peinte de Bacon. Des sources que, contrairement à beaucoup d’autres, l’artiste a toujours reconnues: Velasquez, Le Titien, Degas, Van Gogh, Giacometti, parmi les plus grands.
Francis Bacon a repris, repeint, à ses conditions bien sûr, crues comme la chair, parfois révulsives voire répulsives – la reprise selon Sören Kierkegaard n’est pas la répétition – plusieurs tableaux de ses origines. Il veut montrer le vrai par la déformation. Le vrai c’est le masque !
Toujours selon la définition du philosophe danois, il reprend aussi un dispositif intrinsèque et majeur de la peinture sacrée: le triptyque. Ceux de Francis Bacon sont formés de grands panneaux d’environ 2 mètres sur 1,5 se juxtaposant entre eux, comme pour former une fresque. Les sujets sont là aussi issus de la tradition, comme la crucifixion et le portrait.
Mais un certain décalage traverse les salles du bâtiment projeté par l’architecte Renzo Piano. La didactique n’est pas neutre. D’une part, on ressent au travers des dispositifs de présentation une volonté de pacifier une œuvre fascinante et très subversive. D’autre part, cette pacification est menée avec subtilité et malice. Au point souvent de retourner la proposition du titre de l’exposition. Ce sont les tableaux de Bacon qui mettent en lumière la subversion chez les maîtres des sources.
Barbara Steffen, la commissaire de l’exposition, commente: «Mais il (Bacon) est allé plus loin encore: il fait exploser formellement le pape et révèle au grand jour tout ce qui restait introverti chez Velasquez, tout ce qui est caché et refoulé à l’intérieur de la figure.»

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