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Auschwitz : L’histoire inconsolable

Peut-on visiter Auschwitz ? En ces jours de commémoration du 60e anniversaire de la libération du camp de concentration le plus grand et le plus connu, cette question prend tout son sens. De ce point de vue, avoir l’occasion de le visiter est une chance. En effet, selon les sensibilités voire les origines personnelles, une telle visite peut être un pèlerinage, une visite de l’Histoire, une quête intérieure, un voyage jusqu’au bout de l’Enfer ? bref, un Rendez-vous avec quelque chose d’indicible, de diffus, quand bien même on a tous vu des images effrayantes, lu des livres sur ce sujet.
Nombreux sont les autobiographies, les analyses, les films et la musique publiés à la suite de cet événement tragique, qui marqua une rupture avec la notion d’humanité. Il y a un avant, un pendant et un après cette visite, tout comme il y eut un avant, un pendant et un après la révélation de l’existence des chambres à gaz en janvier 1945 ? On a tous des termes pour qualifier les camps nazis, dont la liste est tragiquement longue. Dans cette liste, Auschwitz a une place à part : c’est le premier nom que l’on mentionne pour qualifier toute l’horreur de la Shoah, l’horreur des massacres, de l’extermination, de la négation de la notion d’existence, une mort organisée de façon industrielle. Auschwitz est l’ultime représentation du meurtre à large échelle, la référence historique du génocide.

L’âme pétrifiée
Une fois sur place, après avoir pénétré par l’une des entrées figées par des photographies qui sont dans toutes les mémoires, que ce soit celle située sur un terrain vague où ne subsistent que quelques baraquements ou celle fameuse par son inscription «Arbeit macht frei», les représentations qu’on s’était faites et les mots qu’on utilisait cèdent la place au vide. C’est un vide qui remplit alors nos âmes. Notre humanité aussi bien individuelle que collective est brutalement aspirée, tant ces barbelés, ces miradors, ces baraquements, ces chambres à gaz et autres souvenirs (les deux tonnes de cheveux, les milliers de chaussures et de valises, les milliers de portraits des victimes) paraissent pétrifiés. Pétrifiés dans le temps, annulant par là la notion de temps, conférant à ce lieu un caractère qui d’éternel devient intemporel. Nos âmes sont vidées d’un coup. Nos représentations mentales, les mots décrivant ce qu’ont enduré les victimes s’effacent pour laisser place non seulement au recueillement ou aux larmes, mais aussi à un immense respect envers les anciens déportés qui nous accompagnent lors de cette «excursion». On s’en remet à eux, écoutant leurs témoignages, tout comme ils s’en remettent à nous, afin que nous soyons leurs relais, une fois qu’ils auront disparu à jamais.
Le retour «à la vie», comme aurait pu l’écrire Primo Levi, laisse sans mots. Les images, les impressions se résument à quelque chose de diffus, d’insaisissable, comme si l’on avait été balancé le temps d’une journée dans un autre monde. Les couleurs sont aussi diffuses, indéfinies, effrayantes, oscillant du blanc au gris et du gris au blanc. Comme s’il n’y avait pas de couleur pour décrire la mort. Sans pouvoir articuler un mot, on hésite alors à devenir misanthrope, on en vient à appeler Dieu pour crier notre désarroi, on espère trouver une porte de sortie qui a pour nom «le Sens de l’Histoire». Mais l’homme est-il aveugle ? Trouvera-t-il cette porte ? Aura-t-il la volonté de franchir le seuil ?

Thierry Charollais

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