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Développement durable: Négocier l’avenir de la terre

Après le Sommet de Johannesburg, nous esquissons quelques pistes de réflexion sur le thème du développement durable. Domaine Public a recueilli les propos de René Longet, Président d’Equiterre et membre de la délégation officielle suisse. D’autre part, le mensuel Alternatives économiques suggère un renversement de perspective: au lieu d’une décroissance irréaliste, l’économie devient l’outil d’un environnement meilleur.

La définition du développement durable, par la Commission Brundlandt des Nations Unies, intégrant la protection de l’environnement aux dimensions sociales et économiques, a été à l’origine du premier Sommet de la terre organisé à Rio de Janeiro en 1992. Cette première Conférence a notamment abouti à un plan d’action, l’Agenda 21, qui détaille les mesures nécessaires en matière d’environnement et de développement pour le xxie siècle. La Conférence de Johannesburg a été convoquée pour évaluer l’état de sa mise en œuvre, et produire une synthèse sous la forme d’un Plan d’action. On a pu parler pauvreté, eau potable, énergie, santé, commerce mondial, gouvernance, climat, etc. On a pu aussi clarifier le débat et mettre en évidence les rapports de force entre, en gros, les défenseurs de la régulation de l’économie, et les partisans du laisser-faire.

Les Etats-Unis et les pays du sud

Le gouvernement Bush s’est opposé à tout engagement concret. Représentant le 3 % de la population mondiale, les Etats-Unis consomment le 25 % des ressources énergétiques du monde. Toutefois, malgré des alliances équivoques – avec l’Arabie Saoudite pour contrecarrer toute déclaration sur les économies d’énergie, avec la Chine pour éviter toute mention des droits de l’homme ou avec les fondamentalistes de tout poil pour désarmer des politiques efficaces de prévention du SIDA en Afrique – les USA ont échoué à vider les textes du sommet de leur substance. Paradoxalement même, cet entêtement intéressé a contribué à une prise de conscience accrue, en rendant visibles les enjeux politiques du développement durable.
Il est à remarquer aussi l’émergence du Sud. Il est capable finalement de s’affranchir de la tutelle de l’OPEC et de revendiquer sa place et son rôle, autant intellectuel que politique et économique. Il se situe en porte-à-faux avec l’image exclusivement misérabiliste dominante dans les pays du Nord. Ainsi la présence d’une société civile dynamique et influente est le signe palpable du débat et des luttes en cours.

Le Plan d’action

Le Plan d’action comporte le rappel de nombre d’objectifs et d’échéances concrets. Mais il n’a pas de poids juridique et sa valeur est toute politique. Cependant, l’âpre négociation dont il a été l’objet montre l’importance de l’enjeu. S’il témoigne du consensus minimal possible aujourd’hui, il reste insuffisant par rapport aux exigences objectives de la situation. Mais il a l’avantage de pousser, à travers ses septante-neuf pages bien serrées, le développement durable vers des mesures ciblées et des pratiques concrètes. Et il montre que celui-ci peut être la réponse à une mondialisation sauvage. En somme, la partition est là, reste à la jouer. L’implication de la société civile et d’un nombre d’acteurs grandissant, impressionnante à Johannesburg, devient alors centrale. C’est la mobilisation et la pression des ONG et de l’opinion publique qui créeront les conditions de la prise en considération pratique du Plan d’action. Notons aussi un engagement croissant des milieux économiques de moins en moins hostiles au développement durable.

La Suisse

Faisant écho à son entrée à l’ONU, elle a montré ses compétences, sa capacité de défendre une ligne de conduite claire, cohérente et indépendante, différente des attitudes d’observateurs ou de défenseurs du secret bancaire auxquelles on était trop habitué. Par exemple, avec la Norvège, elle s’est battue contre une subordination des conventions environnementales aux accords de l’OMC.
Par contre, il faut déplorer l’indifférence du Parlement suisse, trop en retrait par rapport à la politique du Conseil fédéral sur ces questions. Seuls trois parlementaires fédéraux ont pris la peine de venir à Johannesburg, et la stratégie nationale du développement durable ne suscite apparemment pas grand intérêt sous la coupole.

Succès ou échec ?

A Johannesburg pas plus qu’ailleurs, il n’y avait de baguette magique. Il fallait plutôt trouver un compromis mondial, acceptable, susceptible de définir des perspectives et des programmes d’action. Et c’est le cas, avec le texte adopté. De plus, le sentiment d’une communauté, bigarrée et dispersée certes, mais solidaire et engagée, s’est renforcé. Beaucoup de contacts, de partenariats, de projets ont vu le jour lors du Sommet. Le processus est en cours. Il faut l’ancrer dans la société, et le transformer graduellement en pratiques et comportements nouveaux et tangibles. Une étape est franchie, préparons-nous pour les suivantes !

Propos recueillis par md

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