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Edito : Artistes, en scène s’il vous plaît

Enfin: la traditionnelle ébullition estivale de Locarno débouche cette année sur un large débat de politique culturelle en Suisse. Pour une fois, les gens du cinéma, qui parlent haut et fort sinon d’une seule voix, sont relayés par nombre d’autres acteurs. Il faut dire qu’à Berne on assiste rarement à la «destitution» du directeur d’un office. Cela dans le contexte important de la préparation, au sein du Département fédéral de l’intérieur (DDFI), d’une loi-cadre pour la mise en œuvre du nouvel article constitutionnel sur la culture et d’une nouvelle loi sur Pro Helvetia, qui remplacera celle, excessivement détaillée, datant de1965.
Avec, en arrière-fond, les très visibles interventions de l’Etat-sponsor, rôle que joue le Département des affaires étrangères (DFAE), pour la promotion de l’image de la Suisse ou la bonne cause des droits humains, via l’exportation de produits culturels. Ce qui a sans doute incité plusieurs députés à évoquer pêle-mêle, dans le tout récent débat sur le crédit à Suisse Tourisme, Présence Suisse et le nouveau Centre de compétence culturelle, ainsi que Pro Helvetia et la Direction pour la coopération et le développement, sans oublier même l’Office d’expansion commerciale.
Bref, la discussion est largement ouverte sur le but et le sens d’une législation nouvelle qui ne doit générer aucune dépense supplémentaire, sur l’avenir d’un Office de la culture (OFC) dont la mission semble devoir s’externaliser encore davantage, sur le partage des tâches entre la grande Confédération-mécène, agissant en direct par l’OFC ou par l’intermédiaire de Pro Helvetia (DFI), et le petit mais bruyant Etat-sponsor (DFAE). Plus fondamentalement, le débat devrait porter sur la place de l’artiste et de ses œuvres dans la société, ainsi que sur le rôle de la culture et de sa diversité dans la cohésion nationale. Une cohésion fragilisée par les peurs et les attentes qui varient comme l’on sait d’une région linguistique et d’un milieu culturel à l’autre.
Problème: dans le débat en cours, les artistes eux-mêmes se font peu entendre. Certes, les gens du cinéma – les moins directement concernés puisqu’au bénéfice d’une protection légale particulière et d’un solide lien avec la télévision – ont déjà donné, par la voix de Richard Dindo notamment. Mais les autres? Ils font sans doute confiance aux organisations faîtières des professions artistiques pour défendre leurs intérêts: Visarte pour les plasticiens, AdS pour les écrivains (pardon, les autrices et les auteurs), la FMS pour les musiciens, etc., sans parler de PacK, la supercoordination créée récemment, pour tous. De leur côté, les sociétés de recouvrement (Suisa, Pro Litteris) veillent scrupuleusement à la défense des droits des auteurs et interprètes.
Mais encore une fois, les artistes eux-mêmes, qu’en pensent-ils? Ils s’engagent ponctuellement, pour sauvegarder le système de la Loterie romande ou l’intégrité des budgets culturels d’un canton, d’une ville, d’une institution. Mais au-delà? Au plan fédéral, le plus général quoique subsidiaire? Pas grand chose, et même rien encore, à propos de la très importante Convention de l’UNESCO sur la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques, à laquelle la Suisse fait courageusement mine de s’intéresser. On se souvient de l’aventure de l’initiative populaire fédérale dite du pour-cent culturel, lancée par Charles Apothéloz et quelques autres. La récolte des signatures avait peiné, la campagne plus encore. D’où le premier refus, programmé, de l’inscription d’un article culturel dans la Constitution fédérale en 1986.
Aujourd’hui, les organisations culturelles font un certain travail de lobbying. Avec des moyens qui leur sont en bonne partie versés par la Confédération, laquelle tend d’ailleurs à les diminuer. Mais les travailleurs, fussent-ils artistiques, ne peuvent tout déléguer ni s’absenter en permanence. Il est des circonstances où il leur faut intervenir, en personne, sur la place publique. Nous sommes dans une telle situation. Il y a même urgence.

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