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Economie: Trous de mémoire, fossés financiers

Les fortunes boursières se font et se défont sans égards pour l’économie réelle vouée à la production et aux investissements à long terme. Les amnésies du capitalisme
financier sonnent le glas de la virtualité financière toute puissante.

«Martin Ebner vole au secours de Credit Suisse Group». Tel est le titre en ouverture du cahier Economie-finance du quotidien Le Temps, daté du 6 juillet 2002. Trois semaines plus tard, M. Ebner n’avait plus même de quoi sauver son propre groupe Vision. L’échafaudage à 30 milliards s’était écroulé, faute de cash, bêtement. Et le CSG tangue toujours, lesté par la pesante bancassurance, combinaison présentée comme géniale jusqu’à l’an dernier.

Dégâts collatéraux et oubli

Certes, il est facile d’ironiser sur des stratégies qui changent au gré de la mode – motivation très importante en management aussi – ou plus encore sur des prévisions qui s’avèrent erronées. Après tout, les prédictions des astrologues spécialisés dans la bourse ne sont pas plus hasardeuses que les prévisions des analystes, qui ajoutent souvent la manipulation au pari.
Tout cela ne serait qu’un vaste jeu, un casino mondialisé, s’il ne provoquait pas les fameux dégâts collatéraux, tant pour le capital (actionnaires) que pour le travail (salariés). Et s’il ne trahissait pas une stupéfiante et tragique capacité d’oubli, qui semble affecter autant les managers d’aujourd’hui que les nouvelles générations de toujours.
Avec l’obsession généralisée du succès rapide, de la performance spectaculaire, du défi à relever et de la compétition à remporter, les acteurs et commentateurs en sont venus à oublier une constante de la vie des affaires : les ascensions rapides sont tôt ou tard suivies d’une dégringolade correspondante. Comme si une fortune vite faite devait fatalement se défaire, avec pertes et fracas. On pourrait y voir une sorte de justice immanente, alors qu’il s’agit plus simplement d’une loi assez naturelle de l’économie, laquelle se rétablit continuellement par des mouvements de balancier.

Retour à l’économie réelle

Nous vivons actuellement une sévère correction en faveur de l’économie réelle, qui a le seul tort de ne pas générer des profits rapides, mais l’immense intérêt d’investir dans la création de produits et de services dont elle paye le développement et la promotion.
Et la roue tourne, en grinçant pas mal. Après les bulles vite gonflées et les fortunes virtuelles vite faites, revoici le temps des solides appareils de production, pour autant qu’ils n’aient pas été détruits par les financiers décidant de tout, les ingénieurs devenus vendeurs, les managers confondant leur propre ego et l’intérêt de l’entreprise. Voyez ABB, jadis fleuron de l’industrie suisse, aujourd’hui modèle de précarité.

Un troisième syndicalisme

Après l’ère des «fusions et acquisitions» triomphantes, voici la prise de conscience des difficultés de digestion de toutes ces sociétés avalées pour satisfaire l’insatiable appétit de quelques dirigeants gloutons et vaniteux. Après l’attention particulière, parfois exclusive, vouée à la shareholder value, voici que les actions se traitent au plus bas des cinq dernières années et se vendent à découvert. Après l’implosion de la Nouvelle Economie, voilà le crash boursier, en attendant, longtemps sans doute, que les cours reprennent durablement l’ascenseur.
D’ici là, et tandis que la méfiance à l’égard des managers-minute ne fera que s’accroître, renforcée par des scandales eux aussi mondialisés, le capitalisme ne trouvera ni le temps ni les raisons de se remettre fondamentalement en cause.
Au contraire, on se contente de hochets juridiques et comptables, bricolés en vitesse. Et on bat le rappel des Friedmann, Dahrendorf et autres grands prêtres de la doctrine néolibérale. A toutes fins utiles, on se tourne même vers le vieil Adam Smith, lequel doit se retourner dans sa tombe en voyant que la richesse des nations est en bonne partie virtuelle.
Puisque le capitalisme n’a pas d’autres arguments à faire valoir que l’acceptation de lois-cadre et le recours aux pères fondateurs, il mérite d’être pris à contrepied par ceux-là même qui, à leur propre insu le plus souvent, le font marcher : les actionnaires, petits porteurs individuels ou investisseurs institutionnels par deuxième ou troisième pilier interposé. Après la révolte et l’organisation des travailleurs, après l’essor du mouvement des consommateurs, le temps d’un troisième syndicalisme, celui des actionnaires, est venu. CANES a montré le chemin ; ACTARES, Attac, Uniterre le suivent, avec plus ou moins d’inspiration. A quand les comités d’initiative des actionnaires, les lobbies d’investisseurs responsables, les organisations de défense du capitalisme, d’une économie d’invention et de production, pas seulement de casino-kleenex ? yj

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