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Politique culturelle: Répétition générale au «Schauspielhaus»

Une approche de la culture fondée sur le soutien des pouvoirspublics et une autre exigeant son désengagement vont s’affronter à Zurich le 2 juin. Un référendum déterminera le sortde deux crédits en faveur de son théâtre le plus prestigieux.

Lucerne a son magnifique Centre culturel et de congrès (KKL) signé Jean Nouvel, Bâle a la Fondation Beyeler, pour laquelle Renzo Piano a construit un bâtiment idéalement inscrit dans le paysage, Berne aura le Centre Paul Klee que prépare le même Piano. Et Zurich a le « Schiffbau », un théâtre aménagé en plein quartier autrefois industriel du 5e arrondissement, dans une ancienne halle de construction de turbines et autres machines produites par Escher-Wyss. Inauguré en automne 2000, le « Schiffbau » comprend notamment deux salles de spectacles, la « Halle » (environ 500 places) et le « Box » (200 places). Avec le petit « Atrium » (100 places), elles ont une capacité équivalente au « Pfauen » (Paon), siège du prestigieux «Schauspielhaus », une maison où l’on joue chaque soir depuis 1886.

Le théâtre et l’argent

A Zurich aussi, à Zurich surtout, parler d’une telle institution culturelle veut dire parler d’argent. Le grand théâtre que dirige depuis deux ans le talentueux Christoph Marthaler, Zurichois revenu au pays après une fulgurante carrière en Allemagne, occupe plus de 300 personnes sous contrat et roule sur un budget annuel approchant les 40 millions de francs, dont 25,8 millions de subvention communale.

Deux nouveaux crédits

Quant à l’investissement consenti pour le « Schiffbau », il dépasse finalement de 11 millions de francs les 81 millions prévus, couverts à l’origine pour moitié par le secteur privé et finalement financés en majeure partie par la ville, avec deux prêts de 49 millions au total et un subside initial de 7 millions.
Le 2 juin prochain, les citoyens de la ville de Zurich (dite aussi Downtown of Switzerland ou Little Big City par ses promoteurs touristico-économiques) auront, sur les six objets proposés, à se prononcer sur deux rallonges au « Schauspielhaus», l’une et l’autre soumises au référendum obligatoire.
D’une part, la subvention annuelle devrait augmenter de 3,88 millions, dont 2,38 millions pour l’engagement de personnel technique supplémentaire nécessité par la nouvelle législation sur le travail. D’autre part, un montant de 3,5 millions pour la location du « Pfauen » devrait être accordé (et bénéficier du même coup de la participation contractuelle du Canton), de même qu’un ultime solde de 2,5 millions à titre de contribution à fonds perdu au financement des travaux d’aménagement du « Schiffbau ».
Les deux grands quotidiens zurichois (Tages-Anzeiger et NZZ) ont pris position en faveur des deux crédits en question, de même que les partis ; sauf évidemment l’UDC locale, traditionnellement opposée, directement ou par sa Ligue des contribuables, à toutes sortes de dépenses inutiles à ses yeux, qu’elles soient culturelles ou autres (centre de consultation pour les immigrés albanais, collaboration avec la ville chinoise de Kumming, etc.).

Pour ou contre une culture subventionnée

Ce même 2 juin prochain, les citoyens se prononceront d’ailleurs sur une initiative de l’UDC demandant « une aide raisonnable au développement», autant dire une réduction d’une ligne budgétaire pourtant modeste.
Si les deux crédits pour le «Schauspielhaus » sont acceptés, la grande maison verra sa situation assainie, au moins provisoirement. En cas de refus, et en admettant que la trésorerie permette d’éviter le dépôt de bilan, le programme d’économies ne se réduira pas au simple raccourcissement de la prochaine saison, qu’il est de toute manière prévu de lancer avec un mois de retard. Il faudra couper dans le vif et non seulement fermer le «Box», comme le demandent les radicaux, mais réduire les activités de la maison-mère, ce « Pfauen » auquel les fidèles abonnés ont massivement tourné le dos l’hiver dernier, en raison de productions jugées trop audacieuses et d’un calendrier géré avec désinvolture (plusieurs reports en cours de saison).
Mine de rien, en s’appuyant sur une argumentation qui en dit long sur l’économicisation du secteur culturel aussi, Christoph Marthaler et son «Schauspielhaus », nommé «théâtre de l’année » en 2000-2001 pour le domaine germanophone, jouent leur sort le 2 juin prochain.
Pour la droite qui monte en Suisse et son refus d’une culture subventionnée, cette consultation populaire dans la métropole des arts et des affaires a valeur de test. Le double enjeu est d’importance, les citoyens de la plus grande ville de Suisse ne l’ignorent sans doute pas. yj

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