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Elections genevoises: Un patron pour l’administration

icone auteur icone calendrier 28 septembre 2001 icone PDF DP 

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Christian Grobet n’a pas seulement changé la physionomie politique du canton. En douze ans de pouvoir personnel comme conseiller d’Etat chargé du Département des travaux publics, il a aussi transformé la manière d’être des membres du gouvernement. Les magistrats sont désormais les véritables patrons de leurs départements, transformés en autant de baronnies d’une féodalité sans suzerain. Avec lui, la fonction de conseiller d’Etat a connu une nouvelle évolution : de politicien de milice dont le rôle collégial était aussi important que celui de chef d’un département (celui-ci étant effectivement dirigé par un secrétaire général qui était, lui, à plein temps), puis politicien professionnel, il se comporte désormais comme le propriétaire d’une (grosse) PME.

Ce n’est plus l’agent public qui incarne l’Etat pour les administrés, c’est le conseiller d’Etat qui a vocation à se substituer à chacun de « ses » fonctionnaires pour les petites comme pour les grandes décisions. Micheline Calmy-Rey a d’ailleurs cessé de prétendre sauvegarder les apparences en supprimant la fonction de secrétaire général de son département.
Mais le temps politique n’est pas celui de la permanence de l’administration et de la continuité de l’Etat : il est celui de l’urgence d’agir dans un temps limité à un rythme quadriennal. D’où le désintérêt quasiment institutionnel du gouvernement pour des problématiques telles que la qualité du service public ou la gestion performante des ressources humaines (ou des ressources tout court).

La prééminence d’exigences managériales sur des considérations techniques ou corporatistes pour les fonctions de direction, par exemple, est encore trop souvent ignorée ; entre terrorisme syndical, absence de structure cohérente et lâchage politique, il n’est pas sûr que l’on trouvera encore longtemps des personnes prêtes à assumer des responsabilités dans l’administration. Harcelés par un Grand Conseil, lui aussi désireux de faire de la micro-gestion, les conseillers d’Etat sont mal placés pour s’y opposer et préserver l’autonomie de l’exécutif. A ce jeu, tout le monde est perdant : les députés et les conseillers d’Etat qui ne font plus de la politique, l’administration dont la spécificité est déniée par ceux-là même qui la conduisent, et bien sûr la population.

Le rapport du consultant Arthur Andersen sur la réforme de l’Etat n’avait pas convaincu en prétendant donner un rôle au collège des secrétaires généraux, dans l’idée de séparer le politique et l’administratif. Une solution déjà préconisée dans ces colonnes (DP 1322 du 27.11.97) irait plutôt vers la suppression des départements comme structure administrative, et donc des secrétaires généraux.

D’un côté, chaque conseiller d’Etat serait responsable d’un certain nombre de domaines, comme c’est le cas aujourd’hui ; il s’entourerait d’un état-major personnel (aujourd’hui improvisé avec les moyens du bord dans les secrétariats généraux). De l’autre côté, l’administration serait organisée en services qui ne coïncideraient pas avec ces domaines (l’emploi, par exemple, recouvre différents services dont certains relèvent également de l’éducation, d’autres de la politique sociale). Et parce que l’administration a besoin d’un patron (qui en a la charge et qui la représente), on pourrait imaginer de donner ce rôle au chancelier d’Etat, en lui rattachant un office du personnel, une inspection cantonale des finances et un service de contrôle de gestion qui soient réellement à même de jouer leur rôle, sans interférence. fb

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