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Elections genevoises: Après deux législatures perdues

François Brutsch
28 septembre 2001
DP 
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A considérer les résultats des deux dernières législatures, on ne peut guère souhaiter que les prochaines élections dégagent une claire majorité (de gauche ou de droite). Car l’affrontement bloc contre bloc a clairement montré ses limites.

A première vue, la situation de Genève n’est pas mauvaise. Le retournement conjoncturel, du moins avant l’actualité immédiate, paraît avoir suffi à effacer l’impératif de rétablir l’équilibre des finances publiques. En réalité, ni sur le plan économique, ni sur le plan politico-administratif, le canton du bout du lac n’a fait le moindre progrès : cela lui vaut aujourd’hui d’affronter dans l’urgence une crise du logement née d’une amélioration de l’emploi qui ne doit guère aux conditions locales. Un symbole : comme la précédente, toute la législature a été occupée à débattre d’un plan directeur de l’aménagement du territoire destiné à rester lettre morte s’il prétend à autre chose qu’à flotter sur l’air du temps.

De l’harmonie à l’affrontement

Pendant plus de trente ans, la composition politique du canton fut marquée par un gouvernement au sein duquel deux socialistes et cinq conseillers d’Etat du centre et de la droite coexistaient en relative harmonie, entre eux et avec un Grand Conseil dont la gauche, bien que minoritaire, ne pratiquait pas une opposition systématique. La rupture est intervenue il y a huit ans, par la coïncidence d’une évolution sociologique de la droite libérale, désormais plus férue de reaganisme thatchérien mal dégrossi que d’humanisme et de culture politique suisse, et d’une implosion de la gauche provoquée par la volonté de Christian Grobet de se maintenir au Conseil d’Etat à tout prix. Il en est résulté l’élection d’un gouvernement monocolore de droite. Surprise par sa propre audace, sans véritable programme, la majorité de 56 députés sur 100 n’osa ou ne sut s’affirmer tandis que la minorité se mua en opposition résolue. Une législature perdue.
Aux élections suivantes, les partis bourgeois n’avaient plus que quatre conseillers d’Etat (dont un radical étatiste et social qu’on peut difficilement assimiler à la droite, Guy-Olivier Segond) sur sept. Et, au Grand Conseil, l’Alternative (à laquelle les Verts sont désormais solidement arrimés, ayant abandonné toute spécificité « ni gauche, ni droite ») se retrouve avec 51 députés sur 100. Elle avait rassemblé à peine plus de 47 % des suffrages, mais à droite 7 % s’étaient dispersés sur deux listes n’ayant pas atteint le quorum… La gauche n’a pourtant pas manqué de faire comprendre à la minorité « qui gouverne ici », sans pour autant savoir évoluer d’une culture de l’opposition et du témoignage vers une culture du pouvoir et de la responsabilité. Sa méfiance s’est étendue au gouvernement, pourtant soucieux de chercher la ligne de moindre résistance quand il n’anticipait pas les désirs de l’Alternative. Deuxième législature perdue par l’effet de deux blocs dominés chacun par les tenants de l’affrontement. Avec le résultat que le peuple a désavoué la plupart des projets attaqués en référendum.

La culture du compromis

Est-ce le caractère toujours moins pertinent du cadre étatique cantonal, surtout lorsqu’il est aussi restreint qu’à Genève ? Si les élections de 2001 témoignent de quelque chose, c’est bien de désintérêt en dehors du microcosme politique. Ce sont désormais les élections fédérales qui, à Genève, nourrissent les débats, suscitent des vocations, excitent les groupes de pression. Les partis ont eu de la peine à composer des listes, peu fournies en quantité comme en qualité. Particulièrement à gauche, on est frappé de la rareté des candidatures de personnalités reconnues.
La prochaine législature devra pourtant être celle de la reconstruction patiente et modeste d’une culture du compromis : celui qui permet d’évoluer en associant le plus grand nombre à la décision. L’entrée de l’UDC au Grand Conseil paraît inéluctable après ses 7,3 % à l’élection du Conseil national et compte tenu du boulevard que lui ouvre le climat « tous pourris » attisé par la gauche, l’inaction du Conseil d’Etat et la curée médiatique. A Genève, cette formation n’en reste pas moins un corps étranger dont la gauche a la responsabilité qu’il ne rejoigne pas les rangs de l’Entente bourgeoise. Face à des députés enfin obligés de s’écouter et de composer, le gouvernement (auquel l’UDC n’a aucune chance d’accéder si tant est qu’elle le veuille) peut retrouver la légitimité et l’autorité d’engager des réformes nécessaires. fb

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