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Football : Gaspillage symbolique et vraies faillites

icone auteur icone calendrier 25 février 2005 icone PDF DP 

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La faillite du Servette vient après celle du
Lausanne Sports et de Lugano. Les Romands et les Tessinois sont-ils
donc moins capables de gérer des clubs de football que les Alémaniques
? Bien sûr que non, mais les raisons tiennent à l’environnement
économique et à des comportements plus profonds.
L’économie d’abord.
Le football est un sport ouvrier, souvent financé par des «hommes du
peuple» qui ont fait fortune : le maçon devenu entrepreneur, le
mécanicien à la tête de gros garages, l’employé transformé en promoteur
immobilier, le patron de presse parti de rien. Ce modèle a bien
fonctionné jusqu’au milieu des années huitante, puis les coûts des
joueurs ont explosé et les notabilités locales n’ont pas pu suivre. En
cet heureux temps, l’écart entre le budget moyen d’un club suisse et
celui, par exemple, des clubs français de première division était de un
à trois. Aujourd’hui il est de un à vingt.
Pour suivre la
surenchère, il fallait des droits de télévision, quasi inexistants en
Suisse, des spectateurs – pas assez nombreux sauf à Bâle et dans une
certaine mesure à Sion – et des mécènes disposés à mettre beaucoup
d’argent. Notre économie – banques genevoises, horlogerie jurassienne,
haute technologie lémanique – est orientée vers le grand large et
parraine des voiliers ou des compétitions de golf, certainement pas des
footballeurs. En Suisse alémanique au contraire, un tissu d’entreprises
de taille moyenne plus orienté vers le marché intérieur fournit un
terreau vivace pour le financement des clubs.

Le potlatch au but
C’est
alors que vinrent les Français : Waldemar Kita au Lausanne Sports, au
Servette Canal+, puis Michel Coencas, finalement Marc Roger, Alain
Pedretti à Neuchâtel Xamax. Blanchissage d’argent ? Peu probable : le
football est une activité à haute visibilité où l’on risque de perdre
sa chemise. Spéculation sur les achats et les ventes de joueurs ?
Probablement, mais il s’agit là d’un risque très spéculatif. Espoir de
gains ? Ces gens sont tout de même intelligents, ils ne peuvent pas y
croire. Non, le secret a été dévoilé par le président de Neuchâtel
Xamax qui a déclaré, émerveillé : «Avec quatre millions de francs, je
m’offre un club qui peut jouer une coupe d’Europe. En France, je
pourrais tout juste me payer un joueur».
C’est la dépense gratuite,
le gaspillage symbolique qui attire ces repreneurs de clubs. Dans
l’Amérique du Nord-Ouest, les tribus autochtones pratiquaient le
potlatch. A chaque fête, la famille la plus riche dépensait la quasi
totalité de ses biens pour régaler le village. Elle y perdait en
richesse et y gagnait en prestige. C’est sans doute là un ressort très
profond de l’être humain. Il y a juste un petit problème : le potlatch
n’est pas vraiment compatible avec la vie des entreprises modernes. Ou
plutôt si, à condition de traduire potlatch par faillite. jg

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