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Novartis – Aventis : L’intérêt national casse le marché

icone auteur icone calendrier 7 mai 2004 icone PDF DP 

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Retour sur le rachat manqué d’Aventis par Novartis. Ces deux entreprises n’avaient sans doute pas de vraies raisons de se rapprocher. Aventis a fait appel au groupe bâlois pour essayer de contrer l’OPA de Sanofi, une entreprise nettement plus petite. Finalement la raison politique l’a emporté sur les considérations économiques et Sanofi reprendra Aventis en s’endettant lourdement. Le nouveau numéro trois mondial de la pharma risque d’être un géant pataud.
Daniel Vasella et son conseil d’administration voulaient-ils vraiment reprendre Aventis ? On ne le saura jamais. En réalité, l’intérêt de cette histoire réside dans l’énorme différence de culture entre la vision helvétique de l’économie et un point de vue français, sans doute assez partagé en Europe, en dehors de la Grande-Bretagne et de l’Irlande.
Pour une bonne partie de l’Union européenne, le continent est l’espace naturel des entreprises ; elles s’y développent et grandissent avant de se lancer à la conquête du monde. L’exemple le plus marquant est celui de l’automobile et les barrages élevés par l’Europe face aux importations japonaises au siècle passé, le temps pour les constructeurs de s’adapter en restant à l’abri, avant que l’ouverture ne permette à Renault de s’emparer de Nissan, avec le succès que l’on sait. Dans cette vision, la concentration technologique sur le continent est une nécessité stratégique et la défense de «l’emploi», comme disent les Français, un impératif majeur.

Le monde en point de mire
La vision helvétique est complètement différente. Nos entreprises ont toujours regardé au-delà de l’océan. Nestlé, la Winterthur ou la Zürich Assurances étaient présentes aux Amériques dès les dernières décennies du xixe siècle. Aux yeux de la Suisse, l’Europe est un marché parmi d’autres, certes important, généralement le plus important, mais qui n’est pas particulièrement privilégié. Pour Novartis, installer l’essentiel de la recherche près de Boston semble aller de soi. La flexibilité du marché du travail en Suisse ne fait pas de l’emploi une priorité et la rentabilité passe avant la taille. Il s’agit d’aller là où l’avantage concurrentiel est le plus satisfaisant. Selon Le Monde, les Français ont été affolés par le projet de Novartis de regrouper les produits un peu vieillis d’Aventis dans une entreprise distincte où l’emploi aurait été préservé, autrement dit une espèce de poubelle.
Cette différence de culture n’est pas anecdotique. Elle est l’une des raisons profondes des réticences ou plutôt de l’indifférence de certaines de nos élites face à la construction européenne. L’opposition à l’Europe de populistes repliés sur une vision mythique du pays est sans cesse mise en évidence, mais il faudrait aussi parler du manque d’intérêt de dirigeants et de cadres d’entreprises dont le terrain de jeu est depuis toujours l’ensemble de la planète. Pour eux, l’Europe est au mieux une zone de réglementation commune facilitant les affaires et au pis un réservoir de contraintes rendant le libre jeu du marché plus compliqué. Dans une perspective de rapprochement avec l’Union, il est sans doute plus important de convaincre ces milieux, toujours très écoutés, plutôt que de s’essoufler derrière les slogans simplistes de l’UDC.

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