Mode lecture icon print Imprimer

Edito : Suisse et Europe : Les frontières oubliées

icone auteur icone calendrier 19 mars 2004 icone PDF DP 

Thématiques

Le gouvernement allemand s’est étonné des réactions du Conseil fédéral après le renforcement des contrôles frontaliers. La Suisse est un pays extérieur à l’Union européenne et les accords de Schengen autorisent les gouvernements à consulter pour chaque voyageur entrant la base de données baptisée «système d’information Schengen» (SIS) qui contient des informations sur les personnes recherchées et les objets volés.
Comme la Suisse n’est pas la Roumanie, l’Ukraine ou l’enclave de Kaliningrad, autres frontières extérieures de l’Union européenne, les observateurs ont bien compris que ces contrôles adroitement modulés sont un moyen de pression sur la Confédération pour qu’elle signe l’accord – prêt et rédigé – sur la fiscalité de l’épargne et qu’elle accepte les clauses de Schengen sans réclamer d’illusoires modifications. La manœuvre allemande est assez risquée. L’acceptation par le peuple d’accords qui sembleraient imposés par le grand voisin du nord est pour le moins incertaine.
Mais la surprise de Berlin face aux indignations suisses n’était peut-être pas feinte. Le rapport des Helvètes avec leurs frontières est assez particulier. Notre identité nationale s’est construite au xixe siècle sur un passé recomposé, fait de résistances farouches et de barrières dressées face à l’ennemi. Lors de la Seconde Guerre mondiale, cet imaginaire s’est cristallisé dans l’étrange théorie militaire du réduit national qui abandonnait les villes, l’industrie et la population à l’ennemi pour constituer une frontière obstinément défendue autour des Alpes. Le peuple suisse isolé dans ces montagnes, voilà une image qui a encore une certaine résonance à l’étranger.
Et puis il y a la réalité, celle d’une population qui s’est toujours projetée au loin, ignorant les frontières, des maçons tessinois construisant Saint-Pétersbourg au début du xviiie siècle jusqu’aux compagnies d’assurances accompagnant l’avancée du chemin de fer dans la prairie et remboursant rubis sur l’ongle les victimes du tremblement de terre de San Francisco en 1906. Les Suisses d’aujourd’hui se flattent volontiers, souvent avec raison, d’être plus ouverts sur le monde, plus cosmopolites, de voyager davantage que leurs voisins. En France, les Romands sont dans l’univers familier de leur culture. Ils sont dans ce pays presque comme chez eux, mais ce «presque» procure le sentiment agréable de rester juste à l’extérieur et de conserver son quant-à-soi. Personne, dans notre coin de terre où l’on part en balade le dimanche dans le pays d’à côté sans y penser, absolument personne n’a le sentiment de franchir une frontière extérieure protégée de l’Union européenne ! En mettant brusquement en avant cette réalité, l’Allemagne, sans le vouloir, s’est attaquée à une part de l’identité suisse, d’où l’incompréhension totale et la virulence des réactions.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/5286
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/5286 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.