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Edito : Fin de partie et de législature

Le brouillard politique est devenu épais. Dense au point que se perd le sens de l’orientation, au point que des objets, ordinaires quand ils sont identifiés par temps clair, prennent des proportions fantastiques et fantomatiques.
Non seulement le Parlement siège en pleine période électorale, mais il traite les objets les plus sensibles: AVS, LPP, LAMal, assurance maternité. Chacun de ces dossiers a une charge émotionnelle forte. De surcroît les commissions parlementaires ne se sont pas contentées d’amender les propositions gouvernementales. Elles ont tenté d’imposer leurs propres solutions, sans concordance entre les deux Chambres. D’où des navettes de l’une à l’autre et la perte de toute lisibilité. Deux objets extérieurs aux problèmes sociaux ont ajouté à la confusion leurs contradictions; d’une part un allégement fiscal d’envergure – à qui profite-t-il ? – et d’autre part un programme extraordinaire d’économies – qui en fait les frais? Enfin Pascal Couchepin, en agitant l’idée prospective d’une retraite à soixante-sept ans, alors qu’aucune actualité et aucune nécessité ne justifiaient que s’ouvre aujourd’hui ce débat, a pris plaisir, en grand «embrouillamineur», à augmenter encore la confusion déjà générale. Mais ce brouillard ne doit pas cacher quelques choix droitiers du Parlement sortant.
D’abord, le refus de tenir la parole gouvernementale donnée. L’économie obtenue par l’égalisation des retraites entre hommes et femmes aurait dû permettre d’introduire, pour huit cents millions ramenés à quatre cents par le Conseil fédéral, un début de retraite flexible, facilitée pour les revenus les plus modestes. Il n’en restera rien (ou peut-être qu’un leurre transitoire).
Ensuite, des promesses abusives. Quand il s’agissait de combattre l’initiative du Parti socialiste sur la santé, qui prévoyait d’exonérer de cotisations les enfants, il fut rappelé que le Parlement introduirait des mesures approchantes pour le deuxième et le troisième enfant. Aujourd’hui la droite les refuse au nom du rejet de la politique de l’arrosoir. En profiteraient aussi, dit-elle, des familles qui ont des ressources suffisantes. Mais ces mêmes parlementaires trouvent justifiés des allégements fiscaux qui profitent d’abord aux familles qui disposent de ces ressources suffisantes et même plus!
Enfin la majorité en est au stade où elle intériorise les arguments de la droite extrême avant même qu’ils aient été agités. Pas de congé-maternité pour les mères adoptives, congé modeste de quatre semaines pour une dépense tout aussi modeste de deux millions! Pourquoi? Parce que la droite dure pourrait en faire un argument de sa campagne référendaire.
Le brouillard camoufle donc ces manœuvres et ces décisions, elles bien orientées, mais il nourrit aussi des réactions plus profondes, plus irrationnelles («on se fait avoir de toute façon»), moins traduisibles en projets ou contre-projets politiques. Les extrêmes ne peuvent qu’en profiter. Le Parlement sortant en porte, pour une grande part, la responsabilité.

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