Peut-on situer les parlementaires et leurs groupes sur une échelle? Pas difficile en soi et relativement instructif, mais non sans danger.
Deux chercheurs de l’Université de Fribourg, Bruno Jeitziner et Tobias Hohl, se sont livrés à un exercice simple et scolaire. Pour la première année de la législature, ils ont noté les parlementaires fédéraux, non sur la qualité de leur travail, de leurs interventions, de leurs amendements, mais sur leur vote. Le but est d’aboutir à une échelle et un positionnement de -10 tout à fait à gauche à +10 tout à fait à droite. Une quarantaine de votes ont été retenus, la position de gauche et de droite relevée pour chaque parlementaire du Conseil national ; les moyennes ont été faites, puis le classement. Méthodologiquement l’exercice a ses limites, car la position de gauche ou de droite est définie en fonction de la détermination des partis dits de gauche ou de droite. On retrouve donc ce qu’on a préjugé: le parti socialiste est à gauche et l’UDC à droite. L’intérêt est plutôt dans les comparaisons internes ou de parti à parti.
Quelques observations
Le parti socialiste est le plus compact ou monolithique. La grande majorité du groupe affiche un -10 qui efface les différences de tempérament ou d’approche des problèmes. Andreas Gross ou Rudolf Strahm ou Nils de Dardel, tous obtiennent les -10 du bon élève. Les écarts faibles ne sont guère interprétables: Jean-Claude Rennwald -9,8 comme Simonetta Sommaruga ou Peter Vollmer. Cette homogénéité efface toute différence de langue ou de sexe. Les choix oppositionnels sont donc prévalents.
L’UDC tend à l’homogénéité (+10) autour du bloc zurichois. Mais en comparaison des socialistes, des divergences fortes subsistent (de +1 à +10). Les femmes à l’évidence (mais elles ne sont que trois) et les Romands (mais moins qu’ils aiment à le faire croire) marquent leur différence. Le parti radical est clairement positionné à droite, malgré des Romands nettement plus nuancés. Pas besoin de regarder longtemps les chiffres pour être convaincu qu’il ne va pas rejeter l’UDC dans l’opposition. En revanche, le PDC apparaît clairement comme un parti centriste selon un éventail qui va de -7,2 à +5,2, le median se situant pratiquement au centre, -0,9. Les Romands et les femmes contribuent à ce positionnement. A l’évidence ce parti ne joue pas le rôle qui pourrait être le sien: son image droitière et les chiffres ne coïncident pas; il n’assume pas sa position centriste.
Pour conclure
L’exercice des politologues fribourgeois n’est pas sans enseignement. Malgré la tendance à l’homogénéisation des ailes, il révèle plus de diversité et d’indépendance qu’on ne l’imagine. Mais ce comptage, s’il répond, partiellement, à la question démocratique « que font nos parlementaires ? », a l’inconvénient, sous cette forme, de pousser au conformisme de groupe. ag





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