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Exposition : Malaise dans l’art vidéo

icone auteur icone calendrier 8 octobre 2004 icone PDF DP 

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D dans l’exposition Interactions fictives, le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne présente, du 1er octobre 2004 au 9 janvier 2005, un ensemble hétérogène de vidéos d’artistes. Sur les moniteurs installés dans la première salle défilent les réalisations les plus anciennes. Trente ans plus tard, il est frappant de voir le «systématisme» avec lequel les artistes ont pris le contre-pied du traitement télévisuel de l’image. L’absence de mouvement et de tout élément narratif, l’utilisation immodérée du plan fixe ainsi que les nombreuses mises en abîme vont à l’encontre du film comme du reportage.
Jean Otth, dans sa vidéo TV-Perturbations : La pose (1972), montre ainsi une femme nue immobile. Le plan fixe est distordu par des parasites électroniques croissants qui finissent par rendre l’image incompréhensible. Le visiteur ressent ce que les programmes des chaînes télévisuelles ne lui procurent qu’exceptionnellement, un ennui teinté d’incompréhension. Il n’est spectateur d’aucun événement, d’aucune histoire, rien n’est fait pour le divertir. Les œuvres surprennent par l’absence de tout ce qui, de prime abord, semble être les atouts et les caractéristiques du film : le mouvement, l’évolution, la possibilité de raconter le temps qui passe.

Seuls avec les images
En montrant des moments d’intimité à caractère tabou, les vidéos des années quatre-vingt et nonante dépassent ce sentiment désagréable de vide et mettent carrément mal à l’aise. Dans Interférence (1998) de Stéphanie Smith et Edward Steward, une femme, dont on n’aperçoit que le visage, subit stoïquement les baisers d’un homme qui n’y prend visiblement pas plus de plaisir qu’elle. Les interactions malsaines, cruelles ou agressives réintroduisent un semblant de narration dans les œuvres mais horrifient par leur inhumanité et leur perversité. Les relations de souffrance, d’humiliation, d’incompréhension sont en décalage avec les spectacles lisses et les divertissements qui nous sont généralement proposés sur les petits ou grands écrans. L’exposition, qui présente la collection du musée vaudois sans commentaires, laisse le visiteur aborder les œuvres avec ses propres clés de lecture. L’art vidéo ne peut alors être appréhendé qu’en comparaison, voire en opposition, avec les images animées dont nous sommes abreuvés quotidiennement. Il n’a de sens pour le téléspectateur contemporain que par les questions qu’il lui pose.

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