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Freizollstrasse : Une route pour enjamber la Suisse

Dans le nord-est bâlois, 740 mètres d’asphalte réveillent les passions. Deux villes allemandes, Weil am Rhein et Lörrach, sont séparées par une colline, la Tüllingenhügel, et par une rivière, la Wiese. Une petite route serpente bien par-dessus la colline, mais elle ne résout pas les problèmes liés au trafic quotidien. Selon un contrat conclu entre la Suisse et l’Allemagne en 1977, une route doit relier ces deux communes en empruntant le chemin le plus court : un pont permettra à la Zollfreistrasse de traverser la rivière Wiese qu’elle longe ensuite à travers une forêt, pour disparaître dans un tunnel et ressortir de l’autre côté de la frontière. Pour corser l’affaire, ce «raccourci» se situe intégralement sur le territoire de la commune bâloise de Riehen.
Le contrat de 1977 résout la question de la nationalité de cet itinéraire en lui donnant le statut de zone franche, ce qui évite aux Allemands se rendant en Allemagne de passer deux douanes en l’espace d’un kilomètre. En contrepartie, la nouvelle douane autoroutière suisse a été entièrement construite sur le territoire allemand.
Pendant vingt ans, les recours se sont abattus sur cet imbroglio frontalier, cherchant la faille permettant de rompre le contrat entre les deux Etats voisins. En 2002, le permis de construire est finalement délivré dans l’indifférence la plus totale et les travaux auraient dû commencer le 16 février 2004.

Les écologistes à la rescousse
C’était sans compter Martin Vosseler, activiste connu et ancien opposant à la construction de la centrale nucléaire de Kaiseraugst. Mi-janvier, il entame une grève de la faim pour éviter l’abattage d’une centaine d’arbres. La population découvre que cette route traverse une des dernières forêts en zone alluviale de la région. Les tentes dressées au bord de la Wiese se multiplient et l’opposition s’organise. Quelques manifestations plus tard, Barbara Schneider, en charge du Département des travaux du canton de Bâle Ville, affirme qu’il s’agit d’un projet fossile et suspend l’abattage des arbres. Ce revirement n’est pas sans susciter l’ire des élus allemands qui ont rempli leur part du contrat et s’imaginent déjà patienter encore quelques décennies avant l’obtention de la nouvelle autorisation de construire !
Le 7 avril, une commission s’est réunie pour discuter de la réouverture des négociations souhaitée par le canton. Selon ce dernier, l’évolution de la sensibilité écologique ainsi que les solutions apportées actuellement aux problèmes de trafic rendent caduc l’accord de 1977. Le verdict est non. La route devra être construite. Les Allemands se réjouissent, eux qui voient dans cette route le signe d’une gestion commune du trafic engendré par l’agglomération trinationale. Entre cohésion urbaine et défense du biotope, la Zollfreistrasse, malgré son nom, franchit toujours deux fois la frontière.

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